11 décembre 2019 3 11 /12 /décembre /2019 13:15
Main dans la main, ou le meilleur moyen de protéger les tortues

Main dans la main, ou le meilleur moyen de protéger les tortues

Petite histoire du premier projet de conservation des tortues marines de la Guadeloupe et des débuts du réseau d’observateurs bénévoles

En 1998, un premier projet de conservation des tortues marines de la Guadeloupe fut élaboré et piloté par Olivier Lorvelec, de l’association AEVA, dans le cadre d'un partenariat entre l’AEVA et la DIREN. Jacques Fretey, spécialiste international des tortues marines et de leur conservation, y apporta son expertise scientifique. Parallèlement, Olivier créa et anima le premier réseau d’observateurs, constitué de bénévoles dans les différentes îles. En 1998, Claudie Pavis était déjà la présidente d'AEVA et Michel Sinoir le directeur de l’environnement de la Guadeloupe.

Toti la sé tan nou

Comment débuta ce projet de conservation et le réseau ?

Michel Sinoir avait organisé une réunion à la DIREN, le 11 mars 1998, afin de développer une stratégie d’actions sur la faune sauvage. A cette occasion, Olivier évoqua notamment le thème des tortues marines, sur lequel AEVA travaillait déjà. L'association avait constitué un mini-réseau d’observateurs aux Saintes et suivait la reproduction aux îlets de Petite Terre. Michel Sinoir avait rebondi sur cette présentation en demandant à AEVA de travailler à un projet de réseau à l'échelle de la Guadeloupe, qui comprenait à l’époque la partie française de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Il demanda également l’intégration à un réseau national ou régional caribéen.

Olivier répondit par l’affirmative. Il entreprit alors la rédaction du premier projet de stratégie de conservation et la création d’un réseau d’observateurs bénévoles. Cette démarche permettait de coordonner les différents acteurs déjà engagés ou qui allaient bientôt l’être : AEVA, association Évasion Tropicale, ONF (Réserve naturelle des îles de la Petite Terre), Réserve naturelle du Grand cul-de-sac marin (aujourd'hui Parc National de la Guadeloupe), Brigade Mobile d'Intervention de l’ONC (aujourd’hui ONCFS), Fortuné Guiougou, Aquarium du Gosier, Municipalité de Terre-de-Haut des Saintes, association Grenat (Saint-Barthélemy), etc. Tous les participants ne peuvent être cités nommément dans ce bref historique et nous nous en excusons auprès d’eux. Ces acteurs étaient conscients des nombreuses menaces qui pesaient sur les tortues marines dans les eaux et sur les plages guadeloupéennes, malgré la protection intégrale dont elles bénéficiaient depuis 1991. Lors de cette réunion de mars 1998, Michel Sinoir avait aussi demandé à Olivier de prendre l'animation d’un projet sur le lamantin ! La proposition avait été déclinée...

La première réunion dédiée à ce projet élargi s'est tenue le 9 juillet 1998 à la DIREN. Olivier et Mylène Musquet-Valentin, de la DIREN, avaient réuni les différents acteurs et Olivier avait invité Jean Lescure, Jacques Fretey et Peter Pritchard, spécialistes reconnus des tortues marines, qui étaient de passage en Guadeloupe. Satisfait, Michel Sinoir avait décidé que la DIREN soutiendrait et financerait le projet.

En octobre 1998, un premier document d'AEVA (Fretey & Lorvelec, 1998) détaillait les objectifs, les acteurs et leurs zones de suivis, l’intégration au niveau national et au niveau international, le dossier administratif et les moyens mis en œuvre pour réaliser le projet.

L’année 1999 fut riche en actions et observations. Point fort, en janvier 1999, Olivier organisait avec Jacques un stage d'acquisition de connaissances sur les tortues marines à destination des membres du réseau, puis un stage de terrain en juillet-août à Petite Terre pour le suivi des pontes. À l'époque, pas de maison des gardes, et confort minimum garanti !

Lagon de Petite Terre

Lagon de Petite Terre

Le rapport d'AEVA n°21 de juin 1999 (Lorvelec & Fretey, 1999) livrait un premier bilan pour un projet de conservation. La stratégie, déjà en partie présentée dans le document d’octobre 1998, se déclinait ainsi : constituer un réseau d’observateurs, former les acteurs à la biologie de la conservation et à la réglementation, évaluer au niveau qualitatif et quantitatif les populations de la Guadeloupe, évaluer les menaces encourues, marquer des individus, réaliser des prélèvements pour des analyses génétiques et mettre en place rapidement un plan de gestion. D’autres rapports AEVA suivirent en 1999, 2000 et 2001.

A partir de décembre 2000, Claudie prenait en charge la rédaction du bulletin de liaison du réseau : L'Éko des Kawann.

L'archivage ça a du bon...

L'archivage ça a du bon...

Cet historique souligne qu'AEVA et la DIREN ont eu l'initiative de la création du réseau et du projet de stratégie de conservation dès 1998. Juillet 1998 peut être considérée comme la date de création du réseau, qui a fêté en 2019 ses 20 ans d’existence.

Il nous donne également l’occasion de remercier ceux qui avaient travaillé sur les tortues marines des Antilles françaises avant 1998 : le père Pinchon, Alain Kermarec, Jean Lescure et Jacques Fretey, dont les travaux avaient déjà tiré la sonnette d'alarme sur les nombreuses menaces pesant sur la survie des tortues marines dans les Antilles françaises.

Il nous permet enfin de remercier les responsables qui se sont succédés à la tête du projet. Après le départ d’Olivier pour l’Hexagone, à la fin de l’année 1999, AEVA conserva un temps la responsabilité du projet de conservation et du réseau, par l’intermédiaire de Gilles Leblond en 2000, puis de Claudie Pavis en 2000 et 2001. Johan Chevalier prit le relais en 2002 dans le cadre de l’ONCFS. Il rédigea le « Plan de restauration des tortues marines des Antilles françaises » en 2003, plan qui fut validé en 2006. Après son départ en 2003, Éric Delcroix reprit le flambeau, d’abord dans le cadre de l’association Kap’Natirel, puis au sein de l’ONCFS. Il coordonna le réseau pendant pas moins de 10 ans, de 2004 à 2014. Par ailleurs, un réseau similaire démarra à la Martinique en 2003. Antoine Chabrolle, également à l’ONCFS, succéda à Éric de 2014 à fin 2016. Depuis 2017, c’est Sophie Lefèvre, travaillant à l’ONF, qui a pris le relais pour l'animation en Guadeloupe.

De nombreux organismes et animateurs se sont donc succédés, toujours soutenus par la DEAL (ex DIREN) de la Guadeloupe, pour faire avancer le projet. A ce jour, le second « Plan national d’action en faveur des tortues marines des Antilles françaises » est décliné pour la période 2018-2027.

Si nous nous sommes volontairement limités aux débuts du projet, nous n’oublions pas que de très nombreuses actions ont été menées par la suite, qui peuvent être consultés dans les différents documents produits par les organismes en charge de l'animation.

Des temps anciens aux temps modernes (cliché C. Pavis). Exposé AEVA sous le carbet de Petite Anse de Vieux-Habitants en 2002.  Au second plan, Fortuné Guiougou, Yohan Chevalier et André Lartiges. Au premier plan, Mathieu Roulet et Benoît Thuaire (stagiaires) et Anthony Levesque.

Des temps anciens aux temps modernes (cliché C. Pavis). Exposé AEVA sous le carbet de Petite Anse de Vieux-Habitants en 2002. Au second plan, Fortuné Guiougou, Yohan Chevalier et André Lartiges. Au premier plan, Mathieu Roulet et Benoît Thuaire (stagiaires) et Anthony Levesque.

Documents cités

Fretey, J. & Lorvelec, O. (1998). Stratégie de conservation des tortues marines de l’archipel guadeloupéen. Projet. DIREN-Guadeloupe, AEVA, Plan d’action national tortues marines, Plan régional WIDECAST, 1er octobre 1998, 12 pages.

Lorvelec, O. & Fretey, J. (1999). Stratégie de conservation des tortues marines dans l’archipel guadeloupéen. Phase 1 (1999). Rapport préliminaire. AEVA (Petit-Bourg, Guadeloupe), DIREN de la Guadeloupe (Basse-Terre, Guadeloupe), UICN (Paris). Rapport de l'AEVA N°21, juin 1999, 7 pages et 9 annexes.

8 décembre 2019 7 08 /12 /décembre /2019 18:47
La nouvelle carte de membre !

La nouvelle carte de membre !

Plus d'un an que le Toto-Bois ne vous a pas donné de ses nouvelles. L'adage le dit, on ne peut pas être au four et au moulin. Ou plutôt sur le grill et sur la toile.

Depuis une année, j'observe les membres du bureau de l'association. Ils sont loin d'être inactifs, bien qu'ils n'aient pas communiqué par mon intermédiaire. 

Comme l'assemblée générale se prépare (14 décembre, 16h30 à Bel Air Desrozières), je suis allée faire mon mako. J'ai pu pirater l'ordi de je ne dirai pas qui, et je vous fais un copier-coller comme ça vous saurez tout. 

L'année a été largement consacrée à des recours juridiques. Nous nous sommes mobilisés pour nous opposer aux projets de golf à Petit-Bourg (recours contentieux en cours), de circuit polyvalent à la Gabarre (projet abandonné sur le site prévu, suite à l'enquête publique), et aux actions d'appropriation de terres à Goyave (procédures en cours). Le partenariat avec des associations naturalistes, citoyennes et politiques a été fructueux et a permis d'obtenir des résultats.

 

Le projet PHALBALA (Les PHAsmes, ou La Biodiversité Apprise avec Les Autres) a été mis en œuvre, notamment les inventaires et les animations dans des écoles de Marie-Galante, la Désirade et les Saintes. Notre trésorerie solide a permis de faire face aux importants retards de paiement par le bailleur. L'exposition itinérante sur les Phasmes est en phase de réalisation.

 

AEVA a été associée au dépôt de deux projets pour financement par le Parc National de la Guadeloupe. L'un pour clore la recherche du Pétrel Diablotin, grâce à la technologie radar. L'autre pour cartographier la présence de l'Organiste Louis d'Or en zone de cœur du Parc. Les deux projets seront soutenus et démarreront en 2020.

 

L'offre d'animation n'a porté cette année que sur deux sorties et deux exposés-débats.

 

Le Toto-Bois a communiqué 2 fois (pan sur le bec, c'est peu !) via son blog, dont l'audience est stable, avec environ 23 pages vues chaque jour. 

 

Enfin, la demande d'agrément à la Préfecture qui arrive bientôt à échéance après 5 ans a été renouvelée.

Ciguine m'était contée

Ciguine m'était contée

Bon ils ne sont pas si mal, je vais garder l'équipe finalement. Au conseil de classe, je leur demanderai de ne pas se relâcher au deuxième trimestre, et de faire un effort en 2020 sur les sorties et exposés...

Si vous souhaitez un renseignement, aeva.totobois@gmail.com se fera un plaisir de vous répondre. 

28 novembre 2018 3 28 /11 /novembre /2018 10:18
Supermotard non merci

Moi je suis un oiseau poli et respectueux du droit. Alors je me sens un excellent porte-cuicui pour demander au porteur du projet Supermotard, et à l'Etat français, de respecter ce qui doit l'être.

 

Imaginez : moi le Toto-Bois (Pic de la Guadeloupe pour les nouveaux, ou encore Toto-Bois pour les intimes), je suis la seule espèce d'oiseau endémique de cette petite île. L'Union Internationale pour la Conservation de la Nature considère que je suis quasiment menacé. Je suis protégé par la Loi française. J'ai un peu les chevilles qui enflent, mais c'est un fait : je suis emblématique et patrimonial, alors respect !

Et ne voilà-t-il pas que le corridor écologique entre les deux parties de la Guadeloupe est menacé par un projet de circuit, sur lequel des motos et karts pourraient circuler à 200 km/heure. C'est grâce à ces trames vertes et bleues (inscrites dans la Loi messieurs zé dames) que l'écosystème a une une chance de continuer à fonctionner à peu près correctement (ce qui est déjà bien compliqué, un des gros problèmes du territoire de la Guadeloupe étant le mitage des terres).

Et puis bonjour le bruit (moi et les autres espèces protégées, ça ne va pas nous arranger), les poussières (qui vont atterrir sur la végétation et les animaux du coin), les hydrocarbures (je me demande bien comment ils vont empêcher les fuites), le risque d'inondation (vous avez entendu parler d'un truc qui s'appelle le réchauffement climatique et la remontée des eaux qui va avec ? Eh bien dans quelques dizaines d'années, ce circuit aurait les pieds dans l'eau).

Tout ça est bien embêtant non ?

Mais le meilleur est à venir, asseyez-vous et attachez votre ceinture (et prenez garde à la chute d'objets).

Le site du projet est situé dans l'aire maritime adjacente du Parc National, dans la zone tampon de la Réserve de Biosphère, en limite d'un site RAMSAR (c'est du sérieux : reconnaissance internationale), pour partie dans la zone des espaces remarquables selon la Loi Littoral (donc toute construction interdite sauf aménagement léger), et surtout, dans le DPM naturel.

DPM qu'est-ce donc ? J'ai potassé vous pensez bien, compte tenu de l'urgence. 

DPM = Domaine Public Maritime. Inaliénable, inconstructible, disent les textes. Sauf exception pour des aménagements légers, provisoires (30 ans max quand même) et avec remise en état à la fin des réjouissances.

 

Il y a donc un sacré os là, et une couleuvre que je ne suis pas prêt à avaler (d'autant plus que je suis plutôt du genre insectivore).

Cerise sur la moto, et pas des moindres, le porteur de projet a pris les devants, et a commencé depuis 2016 à remblayer la mangrove (hé ho, t'as pas lu ton code de l'urbanisme ?), selon le tracé exact du projet. Il y a parfois des coïncidences extraordinaires.

Je me suis dit dans ma petite cervelle d'oiseau que la plainte qui a été déposée pour ce délit allait être suivie d'effet, et que le contrevenant serait au moins prié d'arrêter ses âneries.

Hé bien c'est tout le contraire. La Préfecture soutient, et a même pris un arrêté dispensant le porteur de mener une étude d'impact. C'est plus pratique, on pourra faire comme s'il n'y en avait pas des impacts négatifs sur les espaces et les espèces protégées.

Et aujourd'hui (21 janvier 2019), une enquête publique démarre en mairie de Baie-Mahault. Certainement pas pour mes beaux yeux (pas de maquillage pour les Toto-Bois), mais parce qu'il n'y a pas moyen de faire autrement : le projet n'est pas compatible avec le SAR - puisqu'il n'y est pas prévu (allez faites un effort, cherchez tout seuls ce que ce c'est que le SAR). Plutôt que de changer d'endroit pour le circuit, changeons le SAR ! Et donc enquête publique : messieurs-dames, ça vous va un nouveau SAR, et une convention d'utilisation du DPM pour y installer le circuit ?

Je vous conseille vivement la lecture des quelques documents ci-dessous :

- Un avis du Conseil scientifique du Parc national, ils ont pris le temps de regarder la chose sous toutes ses coutures.

- Le communiqué de presse de l'Union Internationale de la Conservation de la Nature, qui s'inquiète de ce qui se trame (ni verte ni bleue). 

- Le courrier de MAB France au Ministre de la Transition écologique et solidaire, qui rappelle à la France ses engagements.

 

Et n'hésitez pas à signer là. Les pétitions, c'est comme la lecture, ça ne peut pas faire de mal.

Si jamais le coeur vous en dit, vous pouvez aussi donner votre avis et faire remonter des observations pour la mascarade l'enquête publique (cliquez là). Vous avez tous les éléments pour vous faire votre propre idée.

L'Union Internationale de Conservation de la Nature s'en mêle

6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 13:27
Je suis là incognito, sous les feux de la rampe du microscope électronique

Je suis là incognito, sous les feux de la rampe du microscope électronique

 

Pour mes 25 ans, j'innove. Je m'attaque aux insectes marins. Je ne les goberai pas ceux-là, car chacun sait qu'en bon Pic de la Guadeloupe qui se respecte, j'ai horreur de voler à découvert. Alors vous pensez bien que je ne vais pas m'aventurer en bord de mer ou en mangrove.

 

Les gober non. Contribuer à les connaître oui !

 

Etant d'un naturel timide (mais je me soigne), je vais braquer les feux de mes 25 bougies d'anniversaire non pas vers mon auguste et noire personne, mais vers Suzanne Conjard, une jeune femme qui a de l'énergie à revendre. Ainsi que de très bonnes idées pour diversifier les travaux de l'association. 

Happy birthday Toto-Bois !

Toto-Bois - Suzanne, peux-tu nous dire en quelques cui-cuis ce qui t'a fait atterrir dans la volière d'AEVA ?

 

Suzanne -  Géographe de formation, je suis arrivée en Guadeloupe en 2016 pour travailler comme volontaire service civique pendant un an et demi à l’ONF. C’est à cette période que j’ai découvert AEVA. J’ai pu suivre l’étude réalisée sur les Scinques, observer les mygales de la Soufrière ou encore aider Antoine Chabrolle au début de ses recherches sur le Pétrel diablotin.

 

TBHa, mais les insectes marins dans tous ça ?

 

SC J'y viens Toto-Bois ! Forte de toutes ces expériences naturalistes, curieuse et ayant la volonté de valider mes connaissances en écologie, je me suis réinscrite à l’université Grenoble Alpes au Master 2 Biodiversité Écologie Évolutive. Désormais tropicalisée, je n’avais qu’une envie, revenir en Guadeloupe ! Pour valider cette année de master, je dois réaliser un stage de cinq à six mois. AEVA m’a soutenue dans la recherche de ce stage et m’a mise en relation avec Olivier Gros, du laboratoire de biologie marine de l’Université des Antilles. Olivier cherchait justement quelqu’un pour commencer une étude en partenariat avec le Muséum National d’Histoire Naturelle. C’est ainsi qu’AEVA a décidé de financer le projet, sous la direction d’Olivier. L’objectif du stage est d’étudier des insectes marins de la super famille des Gerroidea en mangrove de Guadeloupe. La première observation a été faite par Romain Garrouste du MNHN, un spécialiste des Gerridae de métropole. Aucune étude n’ayant encore été faite sur cette famille dans les Antilles, l’espèce ne pouvait être identifiée. C’est entre autre, grâce à cette observation, que le projet d’étude a vu le jour.

 

TB - Aïe Suzanne, je t'avais demandé de parler français pendant l'interview...

 


SC - Tu as raison, je vais faire un effort. Pour celles et ceux qui se demandent depuis le début de quoi je parle – mais qu’est-ce que les Gerroidea et Gerridae ? Ce sont les petites bêtes qui flottent à la surface de l’eau, les "patineuses", bien souvent confondues avec les araignées d’eau. Dans l'hexagone, on les trouve dans les cours d’eau. Elles se distinguent par de grandes pattes et de petites ailes ; en Guadeloupe, elles sont toutes petites, aptères sans ailes et se concentrent dans l’eau salée entre les racines des palétuviers.

En réalité, dans la classification du vivant, ces insectes sont du même ordre que les punaises vertes, ce sont des Hémiptères. Presque toutes les espèces de la super-famille des Gerroidea vivent en mer ou en milieu côtier. Certaines n’y sont pas adaptées et vivent dans les cours d’eau. Très peu d'études ont été réalisées sur ces insectes, sauf sur le genre Halobates que l'on retrouve dans les gyres de plastique au milieu des océans.

 

TB - C'est bien joli tout ça, mais que cherchez-vous donc à savoir sur ces petites bêtes ? 

 

SC - Le Grand-Cul-de-Sac-Marin de Guadeloupe héberge la plus grande mangrove des petites Antilles. Il héberge des espèces de Gerroidea encore inconnues ! Grâce à ce stage, nous pourrons les caractériser en analysant leur ADN. Nous pourrons aussi mieux comprendre leurs différents stades d'évolution, et savoir ce qu'ils mangent grâce à des analyses isotopiques et expérimentales. Enfin, nous espérons comprendre leurs déplacements.

Ce travail permet aussi de renforcer les connaissances naturalistes de la frange littorale de la mangrove où, là encore, très peu d’études ont été réalisées. Les humains sont comme toi Toto-Bois, ils ont du mal à accéder à ces milieux !

 

 

TB - Ho ho Suzanne, tu frises l'impertinence. Bon, nous mettrons ça sur le compte de ton jeune âge. Un petit mot pour conclure ?

 

 

SC - Oui ! Je remercie sincèrement AEVA et Olivier Gros qui m’ont permis d’entreprendre cette recherche. Merci à vous tous pour votre confiance, et bon anniversaire Toto-Bois !

 

TB - En prime, le lien vers l'article dédié à mes 20 ans 

18 mars 2018 7 18 /03 /mars /2018 14:38
Maria et les oiseaux

Le 19 septembre 2017 au matin, notre jardin était en vrac.

 

Maria était passée dans la nuit, 28 ans et 2 jours après Hugo.

 

Notre jardin, c'est à de BelAir Desrozières, sur les hauts de Petit-Bourg. Pour être précis, à 85 m d'altitude et à 4 km à l’est de la forêts humide.

 

Onze des 40 cocotiers sont couchés. De grosses branches des Mahogany, des poiriers-pays, des arbres à pain et des tulipiers sont cassées. Les palmiers céleri sont déracinés… mais les palmiers ont globalement bien résisté, en perdant quelques feuilles : Hyophorbe, Ptychosperma, Roystonea. Et les Caliandra n’ont même pas perdu leurs fleurs.

 

Dès le lendemain matin, les petits oiseaux étaient en nombre sur la mangeoire à sucre : Sucriers, Sporophiles rouge gorge et Cicis zèb. Même chose sur l’abreuvoir à sirop : Sucriers et les 3 espèces de colibris. Sur les Caliandra, une trentaine de ces nectarivores s’étaient regroupés et se querellaient.

 

Mais plus surprenant, il y avait énormément de grives qui s’ajoutaient aux habituels Pipirits. Surtout des Grives fines, particulièrement peu farouches - approchées à moins de 5 mètres. Mais aussi des Grosses grives et des Merles à lunettes.

 

Un matin, une Grive à pattes jaunes cherchait des proies sous les arbres sur un sol dénudé et le 20 octobre, un nouvel arrivant : un Trembleur brun. Depuis le 12 octobre et ensuite en continu, deux Ramiers à cou rouge se nourrissent sur deux énormes grappes de fruits de palmier royal (pas murs faute de mieux !) et en défendent l’accès face aux grives et pipirits. Je note que les palmiers exotiques à petits fruits - palmiers royaux, Ptychosperma - constituent une source de nourriture alternative précieuse pour ces oiseaux frugivores forestiers. En 8 ans, c’est la première fois que je vois installés dans le jardin Grives fines et Grosses grives, Trembleurs, Merles à lunettes et Ramiers à cou rouge. Ces arbres ainsi que les Caliandra résistent bien aux cyclones.     

 

Nicolas Barré, le 10 octobre 2017                      

6 février 2018 2 06 /02 /février /2018 19:12
A la découverte d'autres mondes

A la découverte d'autres mondes

Vous avez remarqué, le Toto-Bois avait le bec un peu cloué ces temps-ci. Rien écrit depuis mai dernier ! Même pas honte. En tant que volatile sympathique et endémique, j'ai bien le droit de m'éclipser parfois de la scène. Me voici de retour, avec quelques nouvelles du front d'AEVA.

Quelle ne fut pas ma surprise samedi dernier, en observant du coin de l'oeil les membres du bureau, attablés sous une véranda Petite-Bourgeoise. Les idées fusaient de tous les côtés (ce qui est habituel chez eux). Mais en fin de séance, tout s'est ordonné comme par magie (beaucoup moins habituel). Et il en est sorti un PLANNING des sorties et exposés. Une grande première !

J'ai donc effectué quelques survols de reconnaissance pour prendre connaissance du programme. En exclu je vous le livre. A vos agendas, il n'y en aura pas pour tout le monde !

Cétacé, j'en ai marre

Cétacé, j'en ai marre

Sorties - En général le dimanche

 

  • 25 février. Trace des Trois Cornes à Sofaia Sainte-Rose, au travers de l'application botanique Sylvascope.
  • 11 mars. Les Cétacés en Côte sous le Vent, au départ de Deshaies.
  • 8 avril. Kayak à la découverte de la rivière Baudoin au Moule.
  • 10 au 12 mai. Eternelle Désirade.
  • 10 juin. La zone de l'Etang à Vieux-Habitants, sous réserve de praticabilité.
  • 22 juillet. Le Bassin bleu depuis Saint-Claude, sous réserve de praticabilité.
  • 14 octobre. A la recherche de Pseudocentrum Guadalupense, l'orchidée à nouveau perdue, trace de la Grande Découverte au départ de Saint-Claude.
Année sabatique

Exposés - Le jeudi à 18h au restaurant le Misty (Fougères Petit-Bourg)

 

  • 22 février. Les phasmes de la Guadeloupe, par Toni Jourdan.
  • 22 mars. Les îles de Banda en Indonésie, focus sur le monde sous-marin, par Jacques Bringier et Anne-Marie Degioanni.
  • 19 avril. Reportage photo sur les îles Kerguelen, par Pierre-Yves Pascal.
  • 21 juin. Qui sont ces insectes marins nommés Halobathes ? par Suzanne Conjard.

Je croise les rémiges pour que le planning soit tenu !

 

Et je fais un peu mon mako pour vous dire qui fait quoi maintenant au sein du bureau.

 

Emilie Peuziat est présidente pour la deuxième année consécutive. Woulo bravo, d'autant plus qu'un petit Léon est le plus souvent blotti au creux de son giron. Cet enfant prendra très tôt le goût des choses de la nature !

Claudie Pavis est vice-présidente. Elle est ravie d'avoir passé la main, et se la coule douce désormais.

Jacques Bringier est trésorier. Il s'est plongé la semaine dernière dans le fichier excel des comptes et n'en est jamais ressorti. Un avis de recherche a été lancé.

Marie-France et Nicolas Barré, Rose-Marie Gomez, Pierre-Yves Pascal et Anne-Marie Degioanni sont multi-tâches et corvéables à merci.

 

Qui a dit que ça rigolait dans cette asso ! Si vous le demandez gentiment, un trombinoscope vous sera proposé dans un proche avenir.

11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 14:13

Quelques mots reçus au fil des jours, livrés en toute simplicité...

Cliquez là !

Petits mots pour un grand bonhomme
8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 20:04
Coucou manioc et kio, Beaugendre ensorcelée, bassin carrelé et coeur serré

Coucou manioc et kio, Beaugendre ensorcelée, bassin carrelé et coeur serré

Jacques a dit beaucoup de choses dans sa vie. Tout au moins j'ai beaucoup entendu, dans les nombreux instants partagés.

 

Jacques c'est Jacques Fournet. Je sais que c'était un grand botaniste mais ce n'est pas à un botaniste que je pense quand je pense à lui.

 

Il a dit beaucoup, mais jamais trop souvent, jamais en se répétant. Juste ce qu'il fallait. Et tout le monde l'écoutait.

 

Il disait des choses des plantes c'est vrai. Imaginez qu'il pouvait citer le nom de presque toutes les plantes qui habitent dans le beau pays de Guadeloupe. En français, en latin et parfois en créole si le mot existait. 

 

Lorsqu'en janvier dernier il a parlé de son parcours, lors de l'hommage rendu à l'initiative du Conservatoire botanique, sa conclusion a été la suivante : "Ah c'est vrai que maintenant j'ai un peu tendance à oublier le nom des plantes. Heureusement que j'ai fait une flore, je peux regarder dedans !".

 

Mais il disait aussi des choses de toutes sortes. Des blagues chuchotées à l'oreille pendant les réunions. Des anecdotes sur les collègues (avec malice mais jamais méchanceté). Des opinions politiques étayées. Des choses sur l'entraide.

 

Jacques a dit ne pleurez pas. Le Toto-Bois essaie. Et si une larme roule, ce sera pour glisser sur les feuillages de la forêt.

 

Un souvenir en images

 

 

9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 19:03

Tout jeune caneton, je les avais en horreur. Le soir venu, si l’une d’elles avait l’impudence d’exhiber ses pattes velues, il n’était plus question pour moi de fermer l’œil sans qu’elle ait été traquée et mise hors d’état de nuire, fallut-il vider la mare pour la déloger ! J’étais arachnophobe comme ils disent…

 

Faut dire qu’elles ne sont pas rassurantes à grouiller du sol au plafond. A quoi ça peut bien leur servir d’ailleurs d’avoir autant de pattes ? Quatre ça suffit non ? Six à la rigueur… mais huit ! Et qu’est-ce qu’elles dissimulent comme ça dans leurs cachettes sombres ? Est-ce qu’elles n’auraient pas quelque chose à se reprocher par hasard ? Moi je dis que c’est louche… Enfin bon, toujours est-il qu’elles sont des dizaines, sinon plus, à avoir payé de leur vie le prix de mes angoisses. Mais à force de les vaincre sans péril, j’ai dû me rendre à l’évidence : elles ne sont pas si terribles et il n’y a aucune gloire à triompher d’elles.

 

Alors j’ai commencé à les considérer différemment, à les tolérer, à les regarder plus attentivement, avec une curiosité toujours plus sereine. Et chemin faisant, la peur s’est muée en une forme d’admiration. Oh bien sûr les plus impressionnantes d’entre elles me tiennent toujours en respect. Mais après tout, n’est-ce pas là tout ce qu’elles méritent… du respect ?!

 

Vous qui lisez ceci, abandonnez tout préjugé et acceptez cette courte incursion dans le monde étrange des araignées, de Guadeloupe et d’ailleurs. Et n’ayez crainte ! Contrairement aux idées reçues, aucune espèce n’est capable de vous pondre sous la peau…

 

[N.B. : toutes les photos qui suivent ont été prises en Guadeloupe]

Cf. Eustala sp. sur fond de Gaïac (famille des Araneidae)

Cf. Eustala sp. sur fond de Gaïac (famille des Araneidae)

Pour commencer, accordons-leur le respect dû aux ainés, car les araignées sont apparues il y a environ 390 millions d’années, soit 170 millions d’années avant les premiers dinosaures ! Elles ont depuis traversé les âges et se sont adaptées à un environnement en perpétuel changement, tant et si bien qu’elles ont survécu à quatre épisodes d’extinction massive. Loin d’être cantonnées à nos maisons, elles se rencontrent aujourd’hui dans presque tous les milieux, dans les prairies et les forêts, en plein désert ou sous la glace, du fond des grottes jusqu’aux flancs de l’Everest à plus de 6 500 mètres d’altitude, résistant à des températures comprises entre -25°C et 45°C. Une espèce, Argyroneta aquatica, est même connue pour vivre sous l’eau, à l’aide d’une bulle d’air emprisonnée dans du fil de soie (https://www.youtube.com/watch?v=JqyhhSzv4Hs), tandis que d’autres (de la famille des Pisauridae) sont capables de plonger plusieurs minutes sous l’eau pour capturer leurs proies : des invertébrés aquatiques, des têtards, voire de petits poissons. Bref, où que vous alliez – sauf en Antarctique – elles vous auront précédé, alors autant cohabiter sereinement.

Araignée d’eau douce (famille des Pisauridae)

Araignée d’eau douce (famille des Pisauridae)

Comme toujours dans la nature, c’est sa diversité qui permet au vivant de s’adapter à son environnement. Ainsi, après des centaines de millions d’années d’évolution, on recense aujourd’hui quelque 45 000 espèces de par le monde. Les araignées – qui ne sont pas des insectes mais des arachnides au même titre que les scorpions et les acariens – possèdent toujours huit pattes (les insectes en ont six), un abdomen, un céphalothorax (la tête et le thorax sont réunis contrairement aux insectes) et quelques autres attributs bien pratiques pour bouger, bondir, voler, palper, chasser, ligoter ou encore séduire (chélicères, pédipalpes, filières et autres glandes à venin…). Pour le reste, on trouve de tout. Les yeux, le plus souvent au nombre de six ou huit (pratique pour la chasse !), peuvent être réduits à quatre, deux, voire zéro pour certaines espèces vivant dans des cavernes. Leur taille est elle aussi très variable mais – n’en déplaise aux semeurs d’angoisses – leur corps ne dépasse jamais les 15 centimètres et la moyenne globale est de 5 petits millimètres seulement…

Heteropoda venatoria mâle (famille des Sparassidae) et femelle portant ses petits dans un cocon.Heteropoda venatoria mâle (famille des Sparassidae) et femelle portant ses petits dans un cocon.

Heteropoda venatoria mâle (famille des Sparassidae) et femelle portant ses petits dans un cocon.

De belle taille (~10cm pattes étendues) et régulièrement rencontrée dans les maisons antillaises, la Babouk peut mordre pour se défendre mais elle n’est pas dangereuse et fuit le plus souvent.

Salticidae - Lyssomanes sp. et Tetragnathidae - Alcimosphenus licinus (photo de Nicolas Barré)Salticidae - Lyssomanes sp. et Tetragnathidae - Alcimosphenus licinus (photo de Nicolas Barré)

Salticidae - Lyssomanes sp. et Tetragnathidae - Alcimosphenus licinus (photo de Nicolas Barré)

Araneidae - Gasteracantha cancriformis, présente de nombreuses variantes de couleurs (jaune et rouge, rouge et blanc, blanc et noir, noir et jaune…)

Araneidae - Gasteracantha cancriformis, présente de nombreuses variantes de couleurs (jaune et rouge, rouge et blanc, blanc et noir, noir et jaune…)

Araignée lamentinoise indéterminée (avis aux experts !)

Araignée lamentinoise indéterminée (avis aux experts !)

Au premier coup d’œil, beaucoup d’araignées peuvent sembler assez ternes, mais à y regarder de plus près, elles sont nombreuses à arborer des dessins complexes, parfois associés à des formes excentriques et à des couleurs vives : rouge, vert, jaune, orange, bleu, violet…

L’Argiope argenté Argiope argentata (famille des Araneidae) est courante en Guadeloupe. Elle tisse ses toiles géométriques dans la végétation de milieux ouverts et souvent secs.L’Argiope argenté Argiope argentata (famille des Araneidae) est courante en Guadeloupe. Elle tisse ses toiles géométriques dans la végétation de milieux ouverts et souvent secs.

L’Argiope argenté Argiope argentata (famille des Araneidae) est courante en Guadeloupe. Elle tisse ses toiles géométriques dans la végétation de milieux ouverts et souvent secs.

La grande diversité des araignées se manifeste également dans leurs comportements.

Une vingtaine d’espèces dites « sociales » sont connues sous les Tropiques. Elles peuvent constituer des groupes de dizaines de milliers d’individus parfaitement coordonnés, chacun œuvrant pour la communauté, un peu comme les fourmis ou les abeilles. Mais pour les autres espèces – c’est-à-dire à peu près toutes –, la phase sociale ne concerne que les nouveau-nés pendant quelques jours ou semaines, après quoi chaque individu part vivre en solitaire. Il adopte alors les comportements propres à son espèce, qu’il s’agisse de se nourrir, de se loger ou de se reproduire.

Les techniques de chasse sont variées. On connait surtout les araignées à toile, qui tendent leur piège puis attendent qu’une proie s’y prenne. Certaines toiles sont anarchiques tandis que d’autres sont des chefs d’œuvre géométriques, minutieusement, patiemment élaborés et rapiécés par leur architecte.

Argiope trifasciata est plus rare que sa cousine argentée (ici une femelle et son mâle, beaucoup plus petit).

Argiope trifasciata est plus rare que sa cousine argentée (ici une femelle et son mâle, beaucoup plus petit).

Le genre Leucauge (famille des Tetragnathidae) compte au moins trois espèces dans les Petites Antilles.

Le genre Leucauge (famille des Tetragnathidae) compte au moins trois espèces dans les Petites Antilles.

Chez les araignées-crabes (familles des Thomisidae et des Philodromidae), on sait également faire preuve de patience mais l’on n’est guère portées sur le tissage. Alors on revêt son plus beau camouflage, on se dissimule parmi les fleurs et on chasse à l’affût les badauds insouciants, comme les abeilles venues butiner.

Cette petite Thomisidae (cf. Mecaphesa asperata) prend un peu de repos avant de retourner à son poste d’affût

Cette petite Thomisidae (cf. Mecaphesa asperata) prend un peu de repos avant de retourner à son poste d’affût

Chez d’autres familles, pas question d’attendre que les proies daignent se faire attraper, on va les chercher ! En matière de traque, les araignées-loups (familles des Lycosidae) et les araignées sauteuses (famille des Salticidae) sont expertes. Et pas besoin d’être grand pour sauter loin : les Salticidae mesurent le plus souvent quelques millimètres à peine mais sont capables de bonds prodigieux, jusqu’à quarante fois la longueur de leur corps. Famille d’araignées la plus diversifiée au monde, les Salticidae ont généralement quatre gros yeux brillants bien visibles (et quatre petits plus discrets) et de nombreuses espèces sont très colorées, un atout que les mâles savent faire valoir lorsqu’il s’agit de séduire une femelle : https://www.youtube.com/watch?v=VEAMq3y0950

 Salticidae – cf. Corythalia ou Anasaitis sp. et Menemerus bivittatus mâle

Salticidae – cf. Corythalia ou Anasaitis sp. et Menemerus bivittatus mâle

Puisque l’on parle gaudriole, il est une particularité des araignées qu’il convient (ou peut-être pas…) de souligner. Chez le mâle, les testicules ne sont pas reliés aux organes copulateurs. Ces derniers sont constitués par des bulbes se trouvant à l’extrémité des pédipalpes, ces deux petits membres qui ressemblent à de courtes pattes de part et d’autre de la tête. Pour se reproduire, le mâle doit donc remplir ses bulbes copulateurs de sperme, et pour ce faire il utilise l’outil à tout faire des araignées : des fils de soie. Il tisse une minuscule toile sur laquelle il dépose une goutte de la précieuse semence qui est ensuite aspirée dans les bulbes à la manière d’une seringue que l’on remplit. La suite de l’histoire leur appartient, à lui et sa dame.

 

Quand ils ne servent pas d’éprouvette ou à tisser des toiles, les fils de soie permettent de constituer des cocons, d’emmailloter des proies, de chasser (comme les araignées-cracheuses, cousines de Spiderman : https://www.youtube.com/watch?v=DFozCr_tj8I), de descendre des plafonds en rappel… ou encore de voler ! Cette technique, appelée « Ballooning », consiste pour les araignées à se placer sur un point haut puis à laisser flotter dans l’air des fils de soie qui les emporteront avec eux au premier souffle de vent. Parfois, on peut ainsi voir voler des myriades de petites araignées dont les fils iront couvrir la campagne ou les arbres ; c’est le phénomène dit « des fils de la Vierge ».

 

« Tout cela est bien joli – me direz-vous peut-être – mais qu’elles commencent par arrêter de nous mordre dans notre sommeil ! » Et bien détrompez-vous : rares sont les araignées qui disposent de crochets assez grands pour percer notre peau, et les vrais coupables sont en fait bien souvent des puces, des punaises de lit, voire de simples moustiques. D’ailleurs, les araignées ne se nourrissent pas de notre sang, contrairement aux animaux précédents, et elles ne transmettent pas de maladies. Elles sont certes carnivores mais la grande majorité se nourrit exclusivement d’arthropodes (insectes et assimilés), tandis que seules les plus grandes espèces s’attaquent à des petits mammifères (rongeurs, chauves-souris), à des grenouilles ou encore à des oiseaux. Oui c’est vrai, elles pratiquent parfois le cannibalisme et il arrive que les femelles, généralement plus grandes, mangent les mâles après l’accouplement, mais c’est loin d’être systématique. Enfin, précisons que la quantité et la toxicité de leur venin ne sont pas nécessairement proportionnelles à leur taille et que seule une quinzaine d’espèces dans le monde sont potentiellement dangereuses pour l’Homme, sur plusieurs dizaines de milliers…. On estime en moyenne à moins d’une dizaine le nombre de personnes qui succombent à une morsure d’araignée chaque année.

 

Et si vous n’êtes toujours pas convaincus, sachez qu’en plus de n’être pas si terribles, les araignées sont mêmes utiles. Excellent insecticide naturel, elles vous débarrasseront sans rien demander des moustiques qui se réfugient au plafond, hors d’atteinte de vos raquettes électriques, à condition bien sûr de leur laisser tisser leur toile dans un coin. Les araignées sont capables de consommer de 10 à 20 % de leur propre poids chaque jour, ce qui correspond en France à plusieurs centaines de millions d’insectes ingurgités annuellement. Elles sont même utilisées dans certains pays pour réguler les populations d’insectes ravageurs de cultures.

Cf. Physocyclus globosus (famille des Pholcidae) fait partie de ces espèces qui peuplent pacifiquement nos plafonds et nous débarrassent « d’indésirables »

Cf. Physocyclus globosus (famille des Pholcidae) fait partie de ces espèces qui peuplent pacifiquement nos plafonds et nous débarrassent « d’indésirables »

La peur des araignées ne se dompte évidemment pas en un claquement de doigts... Et j’en sais quelque chose, foi de canard ! Mais j’espère que ce petit tour d’horizon aura fait entrevoir aux plus réticents qu’une cohabitation sereine est possible, et même bénéfique, pour elles comme pour nous.

 

Lors de votre prochaine ascension de la Soufrière, ouvrez l’œil, vous aurez peut-être le privilège d’y croiser une autochtone qui ne se rencontre nulle part ailleurs dans le monde : la bien nommée Mygale de la Soufrière (Holothele sulfurensis), qui n’a été découverte que récemment – en 1999 – par Patrick Maréchal. Là encore, soyez rassurés, car avec ses deux petits centimètres à l’âge adulte (voire un seul pour les mâles), elle n’a rien à voir avec la robuste Matoutou falaise de Martinique.

Mygales de la Soufrière, pixées par Laurent Malglaive et Pierre-Yves PascalMygales de la Soufrière, pixées par Laurent Malglaive et Pierre-Yves Pascal

Mygales de la Soufrière, pixées par Laurent Malglaive et Pierre-Yves Pascal

La Mygale de la Soufrière Holothele sulfurensis (famille des Theraphosidae) coule des jours heureux en cœur de Parc National. Faisons en sorte que cela dure…

 

Signé Le Siffleur d’Amérique

 

Texte et photos de Thomas Delhotal https://www.flickr.com/photos/108527485%40N06/sets sauf mention contraire en légende. Merci à Laurent Malglaive, Nicolas Barré et Pierre-Yves Pascal pour leurs photos. Merci également à Karl Questel pour sa piste d’identification de Corythalia ou Anasaitis sp.

 

Sources bibliographiques

Bellmann Heiko, 2014. Guide photo des araignées et arachnides d’Europe. Editions Delachaux et Niestlé. 430 p.

Corbara Bruno, 2016. Les araignées, fascinantes chasseresses. Revue Espèces n°19.

Maréchal Patrick, 2011. A la découverte des… Araignées des Antilles. PLB Editions. 65 p.

Rollard Christine et Blanchot Philippe, 2014. Portraits d’araignées. Editions Quae. 128 p.

8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 14:41
Diab ka vin ?
Côté Carmichaël

Côté Carmichaël

Il est sorti comme un diable de sa boîte.

Le diable au corps.

Une course endiablée.

Et, emprunté aux comptines antillaises : "Manzèl Marie fèmè pot-la ou diab ka vin".

 

Beaucoup d'expressions donc reprennent le vocable du démon. Les naturalistes d'antan avaient baptisé Diablotin le pétrel qui fréquentait les pentes de la Soufrière il y a quelques centaines d'années de ça.

Nez Cassé, Saintes et Dominique

Nez Cassé, Saintes et Dominique

Comme évoqué à maintes reprises dans ce blog, nous sommes un peu obsédés par cet animal. Au point de terminer la semaine par une bonne marche de nuit à la Soufrière. Tous les vendredis de février et mars, qu'on se le dise, c'est diablotin sinon rien !

 

C'est qu'il faut arriver à des résultats, le Parc national nous a financés pour tenter de découvrir si cet oiseau niche encore dans le massif ! Eh oui, nous touchons de l'argent pour aller nous balader sous la lune. Mais je vous rassure, l'emploi n'est pas fictif, et nos notes de lecture sont conséquentes. La preuve, le rapport intermédiaire a été envoyé à notre bailleur de fond : pour le moment, prospections sur 12 circuits totalisant 56 km (à pied, qui ont usé les souliers), 13 sites favorables mis en évidence (ça va nous porter chance je le sens), enregistreur de longue autonomie posé, et 5 sorties de nuit sur quelques uns de ces fameux sites. Et un indice : nous avons vu l'homme qui a peut-être entendu l'ours le diablotin, en 2016. Ceci fera l'objet d'un récit détaillé une autre fois, un peu de patience que diable !

Pas prête à arrêter de fumer celle-là

Pas prête à arrêter de fumer celle-là

J'ai participé à une de ces fameuses sorties nocturnes. Nuit sans lune cette fois, mais étoiles au rendez-vous. Je fais équipe avec Marc et Mikaël et notre circuit est sans difficulté : montée à la Soufrière par le chemin des Dames, bifurcation vers la gauche avant le sommet, direction Carmichaël puis le col de l'Echelle et sa belle pierre fendue. Redescente par la route jusqu'aux Bains Jaunes. Avec trois arrêts de 20 minutes chacun pour tenter d'entendre le miaulement caractéristique de la Bête. 

Holothele sulfurensis

Holothele sulfurensis

Diab ka vin ?

Vous l'aurez compris, nous fûmes bredouilles et fîmes chou blanc. Mais nous ne sommes pas venus pour rien. Un racoon repéré par Mikaël juste avant le parking des Bains jaunes. Une mygale heureusement aperçue par Marc sur la route de la Savane à Mulets, avant que je mette le pied dessus. Et de gracieux escargots prenant un bain de lune sur les roches alentour.

 

 

28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 07:58

Nous inaugurons ici une nouvelle rubrique : celle des PPSQdab.

= Posts Plus Sérieux Que d'habitude. Ils seront moins anecdotiques qu'à l'accoutumée, en bref, un peu plus scientifiques.

 

Dans cette rubrique, les auteurs prennent leurs responsabilités : ils signent sous leurs vrais noms au lieu d'utiliser des pseudo farfelus à consonance naturaliste.

 

De mon côté, je persiste, et signe le Toto-Bois !

La nuit, tous les geckos sont gris

La nuit, tous les geckos sont gris

Les geckos nocturnes en Guadeloupe : contexte et perspectives

 

Olivier Lorvelec & Nicolas Barré

 

Cette note fait le point sur les quatre espèces de geckos à activité principalement nocturne qui peuvent être observées en Guadeloupe, et attire l’attention sur le fait que d’autres espèces pourraient s’y établir.

 

Deux espèces exotiques, appartenant à la famille des Gekkonidés, étaient connues en Guadeloupe jusqu’à récemment. La première est le Gecko ou Hémidactyle mabouia (Hemidactylus mabouia), appelé Mabouia en créole, qui est très commun, en particulier dans les habitations. Cette espèce, originaire d’Afrique tropicale, a été introduite en Amérique probablement à l’époque du commerce triangulaire et, en tout état de cause, avant 1818. Cette année-là, Moreau de Jonnès l’avait décrite sous le nom latin Gecko mabouia, en lui donnant le nom français de Mabouia des murailles ou Mabouia des Antilles, et en lui attribuant comme répartition le nord de l’Amérique du Sud et les Antilles. La seconde est le Tockay (Gekko gecko), une espèce de grande taille d’origine indo-malaise, récemment signalée en Grande-Terre (Breuil & Ibéné 2008).

 

Une autre espèce de grande taille, le Gecko ou Thécadactyle à queue turbinée (Thecadactylus rapicauda), appelé Mabouia collant en créole, est également présent en Guadeloupe. Cette espèce n’appartient pas à la famille des Gekkonidés mais à celle des Phyllodactylidés. Le Gecko à queue turbinée a longtemps fait partie des espèces cryptogéniques, c’est-à-dire qui ne sont pas manifestement autochtones ou introduites (Carlton, 1996). Cependant, les données fossiles obtenues récemment, en particulier à Marie-Galante (Bailon et al., 2015), semblent indiquer une introduction ancienne (précolombienne).

 

En 2010, Anthony Levesque observe, dans sa maison aux Abymes, un gecko qui diffère des spécimens habituels, et Olivier Lorvelec identifie le Gecko ou Lépidodactyle lugubre (Lepidodactylus lugubris) qui appartient à la famille des Gekkonidés. La découverte est publiée dans Lorvelec et al. (2011). De 2011 à 2013, quatre nouvelles localisations sont découvertes, à Sainte-Rose, Pointe-à-Pitre, Saint-François et Le Gosier (Parmentier et al., 2013 ; Gomès & Ibéné 2013 ; Lorvelec et al. 2017). En 2016, une enquête diligentée par AEVA permet de recenser trois nouvelles localisations, documentées par des photos, entre Petit-Bourg, Sainte-Anne et Saint-François (Lorvelec et al. 2017). Une donnée complémentaire intéressante, car à l’extrême sud de Basse-Terre (Vieux-Fort, 10 avril 2015) éloignée des autres points, nous est communiquée en début 2017 par Guy Van Laere.

 

Le Gecko lugubre est une petite espèce (moins de 10 cm de longueur totale), principalement nocturne mais qui peut être diurne, avec le dessus du corps ponctué de taches noires (voir photos). Cette espèce correspond à un complexe de plusieurs lignées de femelles parthénogénétiques. Le Gecko lugubre est parfois nommé Gecko "veuf", nom très ambigu pour des femelles (lié au genre masculin du nom Gecko) ! Duméril & Bibron avaient décrit cette espèce en 1836 sous le nom latin Platydactylus lugubris et lui avaient donné le nom français de Platydactyle demi-deuil qu’ils avaient justifié de la façon suivante : "Nous avons donné le nom de demi-deuil à ce Platydactyle à cause de la couleur blanchâtre de son dos, qui est relevée par des points et des taches d'un noir d'ébène...". Il est dommage que ce qualificatif de "demi-deuil", à notre avis plus judicieux que celui de "lugubre" ou que celui de "veuf", ne soit plus utilisé de nos jours. C’est pourquoi, nous souhaitons le réhabiliter ici.

 

Les effets sur la faune locale de l’établissement de ce petit gecko en Guadeloupe, comme d’ailleurs ceux des autres geckos introduits, ne sont pas encore documentés.

Gecko demi-deuil (Lepidodactylus lugubris) à Petit-Bourg (en haut, photo Nicolas Barré) et à Saint-François (en bas, photo Laurent Malglaive)
Gecko demi-deuil (Lepidodactylus lugubris) à Petit-Bourg (en haut, photo Nicolas Barré) et à Saint-François (en bas, photo Laurent Malglaive)

Gecko demi-deuil (Lepidodactylus lugubris) à Petit-Bourg (en haut, photo Nicolas Barré) et à Saint-François (en bas, photo Laurent Malglaive)

De nombreuses espèces de reptiles sont susceptibles d’être introduites en Guadeloupe dans l’avenir. Parmi elles, favorisées par leurs particularités biologiques (synanthropie fréquente, parthénogénèse pour certaines, résistance des œufs, etc.) et par le fait que certaines soient prisées des terrariophiles, plusieurs espèces de la famille pantropicale des Gekkonidés ont colonisé de nouveaux territoires et certaines pourraient s’établir dans l’avenir en Guadeloupe (si ce n’est déjà fait).

 

Dans ce cadre, Lorvelec et al. (2017) ont attiré l’attention sur deux ensembles d’espèces de Gekkonidés répondant à ces critères.

 

Le premier ensemble correspond à des espèces de Gekkonidés qui ont une vaste répartition comprenant de nombreuses îles tropicales dans l’océan Pacifique et qui présentent de grandes capacités de colonisation. Outre Lepidodactylus lugubris, six autres espèces sont concernées : Gehyra insulensis (à moins qu’il ne s’agisse de Gehyra mutilata, répartie en Asie du Sud et dans l’océan Indien, ou des deux), Gehyra oceanica, Hemidactylus frenatus, Hemidactylus garnotii, Hemiphyllodactylus typus, et Nactus pelagicus. G. insulensis (ou G. mutilata), H. frenatus et H garnotii font d’autant plus partie des espèces qui pourraient rapidement s’établir en Guadeloupe, qu’elle sont, comme L. lugubris, déjà naturalisées sur le continent américain, et sont même signalées des Grandes Antilles pour H. frenatus et des Bahamas pour H. garnotii.

 

Le second ensemble correspond à des espèces de Gekkonidés du genre Hemidactylus ayant d’autres origines géographiques et déjà présentes dans les Antilles. Sont concernés, pour le moins, H. angulatus au sens large (incluant H. haitianus), originaire d’Afrique tropicale, et H. turcicus, originaire de la zone méditerranéenne (également d’Afrique de l’Est et du Moyen-Orient).

 

La diagnose des espèces de Gekkonidés repose en partie sur les caractéristiques des lamelles sous digitales et n’est pas toujours aisée. Ces espèces qui, pour certaines, se ressemblent (c’est le cas de plusieurs espèces du genre Hemidactylus), pourraient passer inaperçues dans leur nouvelles terres de colonisation pendant une longue période si une espèce présentant une allure générale proche s’y trouve déjà (c’est le cas avec H. mabouia en Guadeloupe).

Remerciements

 

Nous remercions Guy Van Laere qui nous a communiqué l’observation de Vieux-Fort.

 

Références (en orange : téléchargeables)

 

  • Bailon S., Bochaton C., Lenoble A. (2015). New data on Pleistocene and Holocene herpetofauna of Marie Galante (Blanchard Cave, Guadeloupe Islands, French West Indies): Insular faunal turnover and human impact. Quaternary Science Reviews, 128 : 127–137.

  • Breuil M, Ibéné B (2008). Les Hylidés envahissants dans les Antilles françaises et le peuplement batrachologique naturel. Bulletin de la Société Herpétologique de France, 125 : 41-67.

  • Carlton J.T. (1996). Biological invasions and cryptogenic species. Ecology, 77 : 1653-1655.

  • Duméril AMC, Bibron G (1836) Erpétologie Générale ou Histoire Naturelle Complète des Reptiles. Tome Troisième. Librairie Encyclopédique de Roret, Paris, France : i–iv, 1–517.
  • Gomès R, Ibéné B (2013) Lepidodactylus lugubris (mourning gecko). Distribution. Caribbean Herpetology, 44 : 1.
  • Lorvelec O, Barré N, Bauer AM (2017) The status of the introduced Mourning Gecko (Lepidodactylus lugubris) in Guadeloupe (French Antilles) and the high probability of introduction of other species with the same pattern of distribution. Caribbean Herpetology, 57 : 1–7.
  • Lorvelec O, Levesque A, Bauer AM (2011) First record of the mourning gecko (Lepidodactylus lugubris) on Guadeloupe, French West Indies. Herpetology Notes, 4 : 291–294.
  • Moreau de Jonnès A. (1818). Monographie du Mabouia des murailles, ou Gecko Mabouia des Antilles. Bulletin des Sciences, par la Société Philomathique de Paris, année 1818 : 138-139.

  • Parmentier P, Ibéné B, Gomès R (2013) Lepidodactylus lugubris (mourning gecko). Distribution. Caribbean Herpetology, 47 : 1.

6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 20:14
Pastel de Jean Chevallier - 1999

Pastel de Jean Chevallier - 1999

Les interviews pas du tout imaginaires du Toto-Bois.

 

Où l'on se rend compte qu'aucune vérité n'est jamais acquise.

Hé bien aujourd'hui, chers fidèles lecteurs, nous allons parler d'un sujet passionnant : moi ! Le phénix des hôtes de ces bois, j'ai nommé le Toto-Bois, Tapé, Tapeur, Pic de la Guadeloupe, Melanerpes herminieri (en latin dans le texte).

 

Ceux qui ont suivi mes aventures et dont la mémoire ne flanche pas vous diraient :

 

"Le pic habite dans les forêts et zones boisées de la Basse-Terre et dans les Grands-Fonds en Grande-Terre. Il n'est pas capable de voler à découvert sur plus de quelques dizaines de mètres, et c'est pour ça que les deux populations sont maintenant isolées".

 

Je dis bravo, c'est déjà bien d'avoir mémorisé tout ça. 

Mais ne voilà ti pas que pas plus tard que le dimanche 5 février, ces certitudes se sont effondrées, tels les glaciers sous l'action du réchauffement climatique.

 

Je vais donner la parole aux trois mousquetaires, ils sauront mieux que moi vous raconter l'affaire.

D'Artagnan (Anthony), Athos (Antoine) et Aramis (Alexandre). Que des A vous l'aurez noté. Portos était absent, c'était son jour de RTT.

Toto-Bois - Anthony, peux-tu m'expliquer où tu te trouvais hier, et ce que tu as vu d'extraordinaire ?

 

Anthony - Nous venions d’emprunter le petit chemin au sud de Goguette, au bord de la N6, qui se situe environ à mi-distance entre les bourgs de Port-Louis et d’Anse-Bertrand. C’est ce chemin qui mène aux marais de Port-Louis. J’ai alors aperçu une silhouette familière, en vol au-dessus du chemin : un Tapeur ! Ce qui est troublant, c’est qu’il a volé sur près de 400 mètres à découvert ! Et ce n’est pas tout, vous savez quoi ? Et bien ce Tapeur il avait le vol ondulant typic des piques ! [Pas pu résister, ndlr]. J’avais déjà eu l’occasion de le voir voler ainsi deux ou trois fois mais j’étais seul et avec mon faible pour les jus locaux je n’en parlais pas trop…

 

Toto-Bois - Antoine, confirmes-tu les dires d'Anthony ? N'avait-il pas, comme ça lui arrive parfois, abusé du jus de gwozey péyi ?

 

Antoine - On a rarement besoin de confirmer les observations d’Anthony ! [fayot, ndlr] mais il nous laisse les partager avec lui…

Il était au volant de son Duster, à regarder en l’air - ce qui n’est pas très rassurant quand on est passager  ;-) Tout à coup je ne sais pas quelle mouche le "pique", il s’écrie "PIC, PIC, PIC" alors qu’un toto-bois passe devant nous. Je ne réalise pas tout de suite l’engouement d’Anthony le cocheur pour cette observation de pic endémique, mais commun en Guadeloupe. Je suis à la jumelle l'individu qui, après s’être posé dans un arbre, se fait chasser par un Quiscale merle et continue sa route vers le nord.

 

"Gamin, c’est l’observation la plus nordique de cette espèce" me dit-il ! En effet, les données les plus proches au sud sont toutes de Beautiran à Petit-Canal, par Frantz, Eric et d’Artagnan justement.

 

Ce n'était pas un oiseau rare, mais c’était beau quand même…

 

Toto-Bois - Alexandre, qu'as-tu à ajouter pour finir de nous convaincre de la véracité de cette observation ?

 

Alexandre - Il s'agissait de ma deuxième sortie avec Amazona, au programme du jour : les oiseaux des marais. Résidant en Guadeloupe depuis peu, j'ai appris dernièrement que le Pic pouvait se laisser observer jusqu'aux Abymes. Je ne m'attendais donc pas à le voir à Port-Louis. Comme l'a dit Antoine, Anthony est devenu fou lorsqu'il a vu le Pic pour sa première apparition. J'étais à l'arrière, je n'ai rien vu... En revanche, lorsqu'il s'est montré pour la deuxième fois, j'ai pu bien le voir et il m'a effectivement fait penser aux pics métropolitains s'éloignant au loin, à découvert et en ondulant. C'était mon premier contact avec la bête, il était un peu loin, mais à en croire les connaisseurs, cette observation est particulière, présence la plus au Nord jamais constatée et vol ondulant rarement observé !

Vous savez donc ce qui vous reste à faire. Lever le nez le plus souvent possible lorsque vous vous trouvez en Grande-Terre, dans l'espoir de porter votre pierre à l'édifice de la connaissance. Evidemment cette découverte pose de nouvelles questions, mais c'est toujours comme ça. Par exemple, est-ce que les pics du nord ont dans le coeur le soleil qu'ils ont aussi dehors ?

 

C'est  à se demander si on ne ferait pas mieux d'arrêter de se poser des questions, et ainsi s'approcher au plus près de la vérité. 

22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 15:26
Un ticket pour le golf ?

Plutôt un ticket d'attente, qui nous a été délivré à la Mairie de Petit-Bourg, le 14 janvier dernier.

 

C'est qu'il y avait foule pour rencontrer le commissaire enquêteur, en charge de recueillir les avis du public, relatifs au projet de PLU de Petit-Bourg.

 

PLU mais qu'est-ce donc ? Le Plan Local d'Urbanisme, qui est venu remplacer le POS (Plan d'Occupation des Sols). Un document qui décrit la stratégie de la commune, son projet de développement en quelque sorte. Et donc, en lien avec les projets d'une commune, sont proposées les affectations du foncier. Il s'agit de préciser ce qui reste ou qui devient naturel, agricole, constructible etc... 

 

Les têtes pensantes d'AEVA ont donc planché sur le PLU de Petit-Bourg, pour tenter de porter une contribution citoyenne à cette commune chère à notre coeur ! En tant que volatile petit-bourgeois je me serais bien exprimé, mais je n'y comprend pas grand-chose à l'urbanisme. Moi c'est plutôt techniques de vol et de capture de vermisseaux.

 

Quelle ne fut pas leur surprise lorsqu'ils découvrirent un projet de "golf de montagne" du côté de la crête de Caféière. Je connais bien le secteur, j'y ai fait mon nid assez souvent, la zone étant riches en arbres morts. Une jolie petite forêt sur les pentes de la vallée de la Lézarde, même pas urbanisée. 

 

Le projet prévoit l'urbanisation de 106 hectares pour les aménagements, installations et constructions liées au projet de golf.

 

Les Aévistes n'ont rien contre le développement de la commune en général, ni contre le golf en particulier, mais il s'agirait tout de même de tenir compte des documents d'aménagement et réglementaires. Pour résumer là où le bat blesse : 

 

- La loi Littoral (même si c'est en forêt !) précise que "sur l'ensemble du territoire communal, l'extension de l'urbanisation doit être réalisée en continuité  avec les agglomérations et villages existants". Or à Caféière point de village ! Juste quelques maisons en crête sur le bord de la route.

 

- Le PADD (Projet d'Aménagement et de Développement Durable) de Petit-Bourg affiche l'objectif d'"intégrer la préservation des continuités écologiques au projet de développement de la commune". Vous savez, l'histoire des corridors écologiques et des trames vertes et bleues. Eh ben là elle en prend un coup la trame verte, le projet de golf étant situé sur le seul corridor écologique d'axe Est-Ouest du territoire communal !

 

Deux émissaires ont donc remis en mains propres un courrier - courtois mais sans langue de toto-bois - au commissaire enquêteur. Qui s'est d'ailleurs étonné de n'avoir reçu aucune autre visite relative aux projets de la commune pouvant avoir un impact sur l'environnement.

 

J'ai voulu en avoir le coeur net et ai décollé de mon cocotier préféré pour effectuer un survol rapide et discret du registre de l'enquête. Résultat consternant : quasiment toutes les interventions étaient des demandes de déclassement de terrains pour qu'ils deviennent constructibles. 

 

Pour les curieux, l'intégralité du courrier transmis.

 

Affaire à suivre...

11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 18:25
... c'est une belle histoire...

L'occasion était trop belle. 

 

Vingt-cinq ans que les Tortues marines sont protégées en Guadeloupe, il fallait marquer le coup.

 

Cinq copains ont décidé vite fait sur le zing d'un bar d'écrire une histoire illustrée. Chacun a apporté sa petite pierre à l'édifice, et en moins de temps qu'il ne faut à une Tortue imbriquée pour brouter une Aplysina fistularis, le scénario était posé. Deux mois plus tard le bébé était là. Un livret d'une vingtaine de pages sur ce qu'est la vie d'une Tortue imbriquée. Où du moins sur ce qu'on en connaît à ce jour.

 

Pour télécharger cette merveille, cliquez .

 

Moi je dis chapeau, et j'aimerais bien faire l'objet d'une telle attention, un livret sur le Toto-Bois, vous imaginez ?

13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 16:48
Ceci n'est pas un Diablotin

Ceci n'est pas un Diablotin

Objectif : repérer des sites qui seraient favorables à la nidification du Pétrel Diablotin, pas revu en Guadeloupe depuis... depuis.

Rendez-vous au parking des Bains Jaunes à 8h30 (pour ceux à l'heure...). En attendant Antoine, Suzanne, Théo (arrivé la veille au soir) et moi, observons un Tyran Janneau très peu farouche qui chasse à mi-hauteur du sous-bois. On prend la petite route de service qui rejoint la Savane à Mulets et Antoine note en passant et photographie (pour soumettre à son collègue ornitho de Dominique) d'anciens éboulis avec roches affleurantes qui pourraient convenir.

On quitte la route de la Citerne pour le col de l'Echelle et contournons la Soufrière. On imagine bien des terriers dans les calderas au dessus de nous. Au loin au nord, le Carmichaël puis le Nez Cassé, cher aux anciens...

Sur le parcours, Antoine nous fait part de ses supputations quant aux emplacements les plus appropriés pour placer ses trois enregistreurs.  On se met facilement dans la peau de l'animal. Mais problème : cette falaise, cet éboulis, cette immense savane, ces crêtes... nous paraissent lui convenir. Que choisir ?  La boucle est bouclée à 15h et Antoine a enregistré plein de bons sites.

 

Dans un prochain article, plus de détails sur le projet Diablotin !

Sur les traces du Diablotin

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  • : Le blog d'AEVA, l'Association pour l'Etude et la protection de la Vie sauvage dans les petites Antilles - Contact : aeva.totobois@gmail.com
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