Mais de quoi s'agit-il ?
Aujourd'hui 17 octobre à Gourbeyre, nous échangeons avec le grand public sur les résultats de ce projet, je devrais dire de cette aventure !
Vous trouverez ici les deux tomes du rapport, en exclusivité !
Mais de quoi s'agit-il ?
Aujourd'hui 17 octobre à Gourbeyre, nous échangeons avec le grand public sur les résultats de ce projet, je devrais dire de cette aventure !
Vous trouverez ici les deux tomes du rapport, en exclusivité !
Mais oui, tout s'éclaire !
Surtout la nuit quand on allume la lampe mercure haute pression de 250 Watts, dans les bois. Et que se passe-t-il alors au niveau du drap blanc astucieusement tendu grâce aux arceaux de la fameuse tente (qui s'ouvre très facilement, mais provoque de petites crise de nerfs lors des tentatives de repli) ?
Que se passe-t-il disais-je ?
Hé bien une foultitude parfois abracadabrantesque de papillons et autres sales bêtes viennent doucement se poser sur le drap, sous l'oeil esbaudi des Homo sapiens intéressés par ces animaux (on les appelle entomologistes en patois humain).
Je vous la fais courte, c'est que mes jeunes sont sortis de l'œuf y'a pas longtemps, et je passe une bonne partie de mes journées à les nourrir. Je ne vous raconte pas la charge mentale que nous subissons nous les Toto-Bois.
Or donc, ces doux cinglés d'AEVA on travaillé dur pour savoir quelles espèces de papillons nocturnes habitaient en Guadeloupe (y compris à Marie-Galante). Ils ont aussi regardé d'autres insectes que les papillons, ne croyez pas qu'ils soient monomaniques.
Vingt-huit ! C'est le nombre de sites sur lesquels ils ont passé une folle nuit de piégeage lumineux.
Les autres chiffres sont sidérants, j'hésite à les divulguer :
395 taxons identifiés, dont 201 Lépidoptères, 105 Coléoptères, 38 Hémiptères, et 51 divers gauche (Blattes, Hyménoptères, Mantes, Neuroptères, Odonates, Orthoptères et Phasmes).
Ça fait rêver, nous eussions pu nourrir toutes les couvées du quartier avec cette manne.
Ce projet mené de 2021 à 2023 s'appelait LUMIKERA.
Vous pouvez le découvrir en cliquant du bec ici.
Et là aussi, si les cartes d'identité des espèces que nous pensons menacées vous intéressent.
Sans me vanter, je suis le phénix des hôtes de ces bois. En tant que Toto-Bois, je renais de mes cendres depuis bientôt trente ans que je suis la mascotte de l'association AEVA.
En cette fin d'année, et qui plus est le jour du solstice d'hiver, je salue le côté sacré de cette période. Je n'allumerai pas de bougie (compliqué quand on ne dispose pour cela que de deux ailes et d'un bec), mais je vous fais un présent.
Le teaser est posé, je ne vous fais pas languir plus longtemps. Vous aviez remarqué que depuis quelques temps, mon attention se portait sur les insectes. Pas seulement pour les gober hein ! Non, pour les connaître un peu mieux. Et cette fois, je suis sorti de ma zone de confort : je suis allé prospecter dans un quartier qui ne m'est pas du tout familier : les îles de la Petite Terre.
Pour parler vrai, disons que j'ai envoyé ma fidèle troupe baguenauder dans ce coin chaud et aride, sur lequel je n'ai jamais posé la moindre griffe. Et ce fut un travail d'équipe, une véritable coopération :
L'association Titè et l'ONF, qui gèrent la Réserve naturelle des Îles de la Petite Terre, ont autorisé l'étude, mis à notre disposition leurs moyens nautiques et la maison des gardes, et accompagné les sorties de terrain pour y comprendre quelque chose au monde complexe des Insectes et leurs parents les Arachnides.
L'OFB, au travers de son appel à projets TeMeUm (ultra bel acronyme qui signifie Terres et Mers Ultramarines), a financé l'étude, merci à eux pour leur confiance et leur soutien.
Des experts de Martinique et de l'Hexagone ont aidé à l'identification des spécimens, de façon tout-à-fait gracieuse ! (Merci l'univers).
L'INRAE de Guadeloupe a accepté que tous les spécimens déterminés soient mis en dépôt au sein de sa collection entomologique, et conservés à long terme. Important que le territoire garde ses trésors n'est-ce-pas ?
Le staff d'AEVA a imaginé et formalisé le projet (ils me fatiguent un peu avec leurs idées incessantes), conduit trois expéditions sur les lieux, encadré le personnel de la Réserve, des membres d'AEVA et des étudiants néophytes en la matière, analysé les données, et réalisé ce qu'on appelle les livrables dans le doux jargon de la conduite de projets. A savoir : un rapport scientifique, un livret pédagogique, et un diaporama synthétique pour l'OFB. Reste à organiser une rencontre avec le public de la Désirade (et plus si affinités), pour leur restituer les trouvailles merveilleuses réalisées sur leur territoire. Festivités prévues en mai 2023, mais nous en reparlerons.
Vous avez remarqué que je n'ai cité personne nommément, n'étant pas de nature délatrice. Tous les noms sont dans le rapport, et tout à été rendu aux Césars qui ont participé de près ou de loin.
Un peu plus bas, vous trouverez les liens pour télécharger ces fameux livrables. Mais pour satisfaire un peu votre curiosité (qui est un très bon défaut), voici quelques éléments concrets.
Ça c'était avant
Avant l'étude, seuls 25 taxons* figuraient dans la littérature, ou dans les bases de données naturalistes.
* Taxon : unité de classification hiérarchique des êtres vivants. Dans notre cas, le taxon est une espèce (par exemple, tout-à-fait au hasard, Homo sapiens) ou un genre dont l'espèce n'est pas identifiée (par exemple, Homo sp.). Ou encore une tribu, sous-famille, famille, ordre, dont on ne sait pour le moment rien de plus. Vous ne pensiez tout de même pas que la vie était simple ?
A l'issue de 10 journées de terrain, ce nombre est monté à 150 ! Nous avons fait 6 fois la culbute, j'en ai encore le tournis. Comme quoi quand on cherche, on trouve des choses. Le schéma ci-dessus montre les ordres qui ont été recensés, leur taille étant proportionnelle au nombre de taxons qui composent l'ordre. Tiercé gagnant : Coléoptères, Lépidoptères, Diptères !
Jamais vu sur Terre
Nous savions qu'une espèce de Scorpion fréquentait Petite Terre, certains d'entre nous l'ayant rencontrée dans la douche de la maison des gardes : ce joli petit scorpion jaune répond (lorsqu'il est de bonne humeur) au doux nom de Centrudoïdes pococki. Quelle ne fut pas notre surprise d'en découvrir un autre, à Terre-de-Haut et Terre-de-Bas. Différent, et ne ressemblant à rien de connu.
Bingo ! Espèce jamais décrite auparavant, et de fait endémique de Petite Terre. Nos entomologistes ont rédigé avec LE spécialistes des Scorpions une publication scientifique, qui décrit cette espèce nouvelle. Ils ont eu le privilège de choisir son nom de baptême : Oiclus tite.
Je ne vous en dis pas plus, tout est détaillé dans les documents ci-dessous. Je ne dirai qu'un mot : encore-une-belle-aventure !
Qu'évoque pour vous le Morne à Louis ?
Sachez que pour moi, le Toto-Bois, c'est l'une de mes maisons. J'y trouve facilement le gîte (arbres morts pour creuser mon nid) et le couvert (arbres vivants qui offrent insectes et autres animalcules en libre accès).
Hé bien on dirait qu'il y a de la concurrence. Pendant plus d'une année, j'ai pu observer de grands animaux qui venaient à intervalles réguliers piocher dans ma ressource alimentaire, ou simplement l'observer.
Quelle idée de juste observer une sauterelle grasse et juteuse !
Parfois, mais moins souvent, les humains (car c'étaient eux) venaient à la nuit tombante. Les bras chargés d'objets divers et variés. Une sorte de tente blanche, des fils électriques, une grosse ampoule, et une drôle de machine. Lorsqu'elle se mettait en marche, l'ampoule s'allumait à côté du tissu blanc, et alors une myriade de petites bêtes venaient s'y poser.
Je vous donne le fin mot de l'histoire, ayant finir par comprendre ce qui se tramait.
Il s'agissait de réaliser un inventaire des insectes de Morne à Louis. J'entends déjà les commentaires.
"Mais pourquoi les insectes, ces sales bêtes ?", "Et quel intérêt d'aller dans ce trou perdu de Morne à Louis ?", "Et qui est Louis d'ailleurs ?" Je reconnais bien là votre curiosité, chers lecteurs.
Les insectes ne sont pas très connus en Guadeloupe, en dehors de ceux que nous trouvons beaux, ou gros (les papillons...), gênants (les moustiques, les consommateurs des cultures...) ou utiles (les abeilles...). Tout cela étant très subjectif et anthropocentré n'est-ce pas ? De mon point de vue - du haut d'un Gommier blanc alors je prends de la hauteur - toutes les composantes du vivant sont au même niveau. Chacun interagit avec ce qui l'entoure, selon ses capacités et les opportunités. Fin de la parenthèse philosophique.
Alors l'occasion était trop tentante d'aller musarder tous les mois dans ce coin de forêt, qui fait partie du Parc national de la Guadeloupe. En zone de coeur s'il vous plaît !
Cerise sur le gâteau, nous (l'association) étions financés pour aller nous promener le nez au vent. Donc un grand merci à la DEAL de Guadeloupe pour sa confiance.
Nous avons choisi le Morne à Louis pour trois raisons.
Il est relativement facile d'accès, avec une petite route fermée à la circulation.
Il se situe dans une zone peu dégradée par les activités humaines, et est donc susceptible d'héberger une belle diversité d'insectes.
Sa topographie, en altitude et partiellement dégagée, laissait espérer un piégeage lumineux efficace.
Après plus d'une année de terrain, et quelques semaines d'intenses cogitations, les résultats étaient là ! Sous forme d'un rapport technique et de fiches dédiées aux insectes qui nous paraissaient les plus intéressants.
Ayant eu le courage de lire cet article jusqu'au bout, vous avez donc le privilège de pouvoir télécharger ces documents, sans obligation de quelque sorte que ce soit ! Ce qui est somme toute normal, c'est votre argent qui a financé le projet. Il n'y a qu'à cliquer du bec sur les titres en orange.
Rapport technique : Inventaire de l'entomofaune de Morne à Louis
Fiches : Piéride craie - Phasme branche - Centris versicolore - Flamme de Guadeloupe - Hespérie orangée - Hespérie svelte - Sauterelle Gratte-Coui - Nymphale du figuier - Papillon Trèfle Caraïbe - Scolie à trois bandes
Quant à Louis, aucune idée de qui il put être.
Plus d'un an que le Toto-Bois ne vous a pas donné de ses nouvelles. L'adage le dit, on ne peut pas être au four et au moulin. Ou plutôt sur le grill et sur la toile.
Depuis une année, j'observe les membres du bureau de l'association. Ils sont loin d'être inactifs, bien qu'ils n'aient pas communiqué par mon intermédiaire.
Comme l'assemblée générale se prépare (14 décembre, 16h30 à Bel Air Desrozières), je suis allée faire mon mako. J'ai pu pirater l'ordi de je ne dirai pas qui, et je vous fais un copier-coller comme ça vous saurez tout.
L'année a été largement consacrée à des recours juridiques. Nous nous sommes mobilisés pour nous opposer aux projets de golf à Petit-Bourg (recours contentieux en cours), de circuit polyvalent à la Gabarre (projet abandonné sur le site prévu, suite à l'enquête publique), et aux actions d'appropriation de terres à Goyave (procédures en cours). Le partenariat avec des associations naturalistes, citoyennes et politiques a été fructueux et a permis d'obtenir des résultats.
Le projet PHALBALA (Les PHAsmes, ou La Biodiversité Apprise avec Les Autres) a été mis en œuvre, notamment les inventaires et les animations dans des écoles de Marie-Galante, la Désirade et les Saintes. Notre trésorerie solide a permis de faire face aux importants retards de paiement par le bailleur. L'exposition itinérante sur les Phasmes est en phase de réalisation.
AEVA a été associée au dépôt de deux projets pour financement par le Parc National de la Guadeloupe. L'un pour clore la recherche du Pétrel Diablotin, grâce à la technologie radar. L'autre pour cartographier la présence de l'Organiste Louis d'Or en zone de cœur du Parc. Les deux projets seront soutenus et démarreront en 2020.
L'offre d'animation n'a porté cette année que sur deux sorties et deux exposés-débats.
Le Toto-Bois a communiqué 2 fois (pan sur le bec, c'est peu !) via son blog, dont l'audience est stable, avec environ 23 pages vues chaque jour.
Enfin, la demande d'agrément à la Préfecture qui arrive bientôt à échéance après 5 ans a été renouvelée.
Bon ils ne sont pas si mal, je vais garder l'équipe finalement. Au conseil de classe, je leur demanderai de ne pas se relâcher au deuxième trimestre, et de faire un effort en 2020 sur les sorties et exposés...
Si vous souhaitez un renseignement, aeva.totobois@gmail.com se fera un plaisir de vous répondre.
Il est sorti comme un diable de sa boîte.
Le diable au corps.
Une course endiablée.
Et, emprunté aux comptines antillaises : "Manzèl Marie fèmè pot-la ou diab ka vin".
Beaucoup d'expressions donc reprennent le vocable du démon. Les naturalistes d'antan avaient baptisé Diablotin le pétrel qui fréquentait les pentes de la Soufrière il y a quelques centaines d'années de ça.
Comme évoqué à maintes reprises dans ce blog, nous sommes un peu obsédés par cet animal. Au point de terminer la semaine par une bonne marche de nuit à la Soufrière. Tous les vendredis de février et mars, qu'on se le dise, c'est diablotin sinon rien !
C'est qu'il faut arriver à des résultats, le Parc national nous a financés pour tenter de découvrir si cet oiseau niche encore dans le massif ! Eh oui, nous touchons de l'argent pour aller nous balader sous la lune. Mais je vous rassure, l'emploi n'est pas fictif, et nos notes de lecture sont conséquentes. La preuve, le rapport intermédiaire a été envoyé à notre bailleur de fond : pour le moment, prospections sur 12 circuits totalisant 56 km (à pied, qui ont usé les souliers), 13 sites favorables mis en évidence (ça va nous porter chance je le sens), enregistreur de longue autonomie posé, et 5 sorties de nuit sur quelques uns de ces fameux sites. Et un indice : nous avons vu l'homme qui a peut-être entendu l'ours le diablotin, en 2016. Ceci fera l'objet d'un récit détaillé une autre fois, un peu de patience que diable !
J'ai participé à une de ces fameuses sorties nocturnes. Nuit sans lune cette fois, mais étoiles au rendez-vous. Je fais équipe avec Marc et Mikaël et notre circuit est sans difficulté : montée à la Soufrière par le chemin des Dames, bifurcation vers la gauche avant le sommet, direction Carmichaël puis le col de l'Echelle et sa belle pierre fendue. Redescente par la route jusqu'aux Bains Jaunes. Avec trois arrêts de 20 minutes chacun pour tenter d'entendre le miaulement caractéristique de la Bête.
Vous l'aurez compris, nous fûmes bredouilles et fîmes chou blanc. Mais nous ne sommes pas venus pour rien. Un racoon repéré par Mikaël juste avant le parking des Bains jaunes. Une mygale heureusement aperçue par Marc sur la route de la Savane à Mulets, avant que je mette le pied dessus. Et de gracieux escargots prenant un bain de lune sur les roches alentour.
Objectif : repérer des sites qui seraient favorables à la nidification du Pétrel Diablotin, pas revu en Guadeloupe depuis... depuis.
Rendez-vous au parking des Bains Jaunes à 8h30 (pour ceux à l'heure...). En attendant Antoine, Suzanne, Théo (arrivé la veille au soir) et moi, observons un Tyran Janneau très peu farouche qui chasse à mi-hauteur du sous-bois. On prend la petite route de service qui rejoint la Savane à Mulets et Antoine note en passant et photographie (pour soumettre à son collègue ornitho de Dominique) d'anciens éboulis avec roches affleurantes qui pourraient convenir.
On quitte la route de la Citerne pour le col de l'Echelle et contournons la Soufrière. On imagine bien des terriers dans les calderas au dessus de nous. Au loin au nord, le Carmichaël puis le Nez Cassé, cher aux anciens...
Sur le parcours, Antoine nous fait part de ses supputations quant aux emplacements les plus appropriés pour placer ses trois enregistreurs. On se met facilement dans la peau de l'animal. Mais problème : cette falaise, cet éboulis, cette immense savane, ces crêtes... nous paraissent lui convenir. Que choisir ? La boucle est bouclée à 15h et Antoine a enregistré plein de bons sites.
Dans un prochain article, plus de détails sur le projet Diablotin !
Du haut de mon cocotier, un peu secoué par la dépression de ce jour, je rigole quand même. J'aperçois 3 aévistes qui s'échinent, qui suent sang et eau pour terminer dans les temps. Le marathon des Scinques ! Il ne s'est pas agi de 42,195 kilomètres mais de beaucoup plus. A arpenter les sentiers tous plus mal pavés les uns que les autres.
Eh bien voilà, l'heure des comptes a sonné. La DEAL Guadeloupe a été généreuse, ce qui nous a permis depuis 2012 de prospecter, compter, évaluer, réfléchir, photographier, prélever, réfléchir encore... Le rapport final est à rendre à la fin du mois, d'où l'agitation rédactionnelle de ces derniers jours !
Je ne vais pas vendre toute la mèche et résumer ici scinque ans de travail. Quand même quelques nouvelles du zandoli doré, en guise de teaser.
Des scinques aux Saintes à Terre-de-Bas ? Jusqu'à la découverte, en 2015, par nos collègues de l'ASFA d'un spécimen conservé dans l'alcool par un habitant, aucune mention n'était faite de scinques sur cette île.
Qu'à cela ne tienne, en avant ! Une délégation de furieux aévistes part à Terre-de-Bas pour en découdre. Et par chance, la ténacité paye. "C'est pas ça qu'on cherche ?" demande notre plus jeune recrue. Sur une roche, c'est bien lui ! Un petit bug s'en est suivi, l'appareil photo était au fond du sac et le temps de le sortir, de faire la mise au point, pffft, envolé ! Comment ça, les Scinques volent ? Mais l'observation a malgré tout été validée, et publiée http://www.caribbeanherpetology.org/pdfs/ch56.pdf.
Quelle espèce à Petite Terre ? Tournons-nous vers d'autres contrées. Grâce aux prélèvements de morceaux de queue (merci les chats, merci Joël), les analyses ADN ont parlé. La nouvelle est tombée sur les téléscripteurs en 2016. Un spécialiste des scinques, Blair Hedge, a estimé au vu de ces analyses que l'espèce de Petite Terre était différente de celle de la Désirade "continentale" ! Elle a été baptisée Mabuya parviterrae. Et nous sommes très fiers d'avoir publié avec lui cette découverte : http://www.caribbeanherpetology.org/pdfs/ch53.pdf. Notre parviterrien détient donc le record du plus petit territoire pour une espèce de vertébré. Cent et quelques hectares, si on considère qu'elle n'est présente que sur l'ile sous le vent de Petite Terre : Terre de Bas. Très bonne transition pour la suite...
Vraiment absents de Terre de Haut de Petite Terre ? Terre de Haut n'est pas totalement la jumelle de Terre de Bas. Plus petite, avec des formations végétales plus rabougries, comportant moins de murets que sa grande soeur. Est-ce pour ces raisons que nous n'y avons pas trouvé de scinques jusqu'à présent ? Ou est-ce parce que nous les y avons moins cherchés ? Pour tenter d'en avoir le coeur net, nous avons complété les observations sur ce petit caillou, il y a quelques jours. Douze heures de prospection supplémentaires, par équipes de deux.
Eh bien pas l'ombre d'une écaille à se mettre sous la dent. Excepté celles de sautillants anolis, de gros lourdauds d'iguanes malgré tout délicats, ou de fantastiques et minuscules sphérodactyles. Tous espoir n'est pas perdu, mais disons qu'il se réduit à une peau de chagrin (ou à une mue de lézard).
A suivre donc ce grand feuilleton de la nature sauvage. Scinques, saison 6 !
Ou plutôt, faute de râles, un Toto-Bois est toujours bon à prendre.
Le Râle tapageur vous connaissez ? Malgré son nom, c'est un oiseau discret, très discret. Qui affectionne les mangroves et autres zones humides, très humides.
Pour la deuxième année, nous avons le plaisir de donner un coup de main au Parc (national de la Guadeloupe, s'il vous plaît) dans leur projet de cartographie de cet oiseau. Rappel de l'histoire en cliquant là.
Une sortie en mars, une en avril, et pour le moment, le râle n'a pas répondu à nos avances. Il est resté muet comme une carpe. Cette année, nous sommes sur une belle zone, campagne puis mangrove, entre les Abymes et Vieux-Bourg. Pierrefite. Des trous de crabes oui par contre.
De délicats lataniers.
Des galbas aux écorces bigarrées.
Des passiflores sauvages (?)
"R comme râle". Les racines nous narguent.
Puisqu'il en est ainsi, retournons dans nos foyers.
Le coeur content de ces rencontres au pipirit chantant. Une Hirondelle rustique nous encourage à revenir en mai. Le dernier mot n'est pas dit.
Mais qu'est donc un Elasmobranche ?
Il ne s'agit pas d'un arbre à branches élastiques, mais d'un groupe d'animaux.
Les Raies et les Requins sont des Elamsobranches. Autrefois, on disait "Sélaciens", et nul ne sait comment il seront nommés le siècle prochain.
Ces animaux ne sont pas très bien connus en Guadeloupe. A part peut-être à Petite Terre où le petit monde naturaliste s'intéresse au Requin Citron depuis 2-3 ans, et également à Saint-Martin qui planche aussi sur cette espèce. Les requins 971 ne font pas la une des médias comme à la Réunion. Moins nombreux, moins portés sur les plaisirs de la chair (humaine).
Un jeune chercheur ch'ti, basé à l'Université de Floride, est en train de corriger le tir, et de mettre en place des méthodes pour répondre à ces questions : quelles espèces de requins fréquentent le Grand Cul-de-sac Marin ? Quelle est leur abondance ? Quelle est leur position dans la chaîne tropique ? (en d'autres termes, qu'est-ce qu'il mangent ?).
Si vous croisez Jeremy Kiszka ces jours-ci dans ou hors du lagon, c'est qu'il pose des "long lines" (genre de palangres avec plein d'hameçons, pour attraper les requins et raies vivant dans les eaux peu profondes). La ligne reste en place une heure, et si un élasmobranche se fait prendre (peut-être moins malin que les autres ?), on lui demande son passeport, lui prélève un petit bout d'aileron (pour de futures éventuelles analyses de diversité génétique, et pour faire la fameuse analyse "des isotopes stables" - à vous souhaits -, qui renseigne sur l'écologie trophique). Après ce sale quart d'heure, le requin est relâché et repart la caudale entre les jambes.
Ou alors ce jeune homme utilise des "drum lines", qui sont des lignes à un seul hameçon, attachées à un corps mort lui-même relié à un flotteur. Ca cible les espèces qui vivent dans les eaux plus profondes.
Bref. On en est à mettre les méthodes en place. Le Parc National de la Guadeloupe soutient cette étude. L'idée est de connaître l'abondance des différentes espèces qui fraient dans nos eaux. Lesquelles protéger ? Lesquelles pêcher ? Faut-il ne rien faire ? Vaste débat.
Image chipée sur le site de Futura Sciences.
Les interviews pas du tout imaginaires du Toto-Bois.
Nous vous l'avions dit, 2014, année de la Désirade. Pour tenter de percer le mystère des Scinques, nous y avons envoyé un émissaire. Avec une mission simple : arpenter tout ce qui peut l'être sur le caillou long, ouvrir l'oeil et le bon, faire preuve de la plus grande discrétion, interroger mine de rien la population.
Un agent secret ? My name is Métaireau. Paul Métaireau.
Il faut bien avouer qu'on en sait peu sur ce petit lézard appelé Scinque, qui pourtant habite depuis bien longtemps la Désirade. Certains résidents d'un certain âge, qui couraient les friches ou s'occupaient des cabris, vous diront pourtant que ces zandolis dorés, il les voyaient souvent. Mais difficile d'obtenir des informations précises.
La première observation rapportée dans les textes remonte à loin. Deux mâles de Scinques avaient été collectés le 28 février 1963 par Albert Schwartz et Richard Thomas à l’anse d’Échelle, et déposés au Museum of Natural History de l’université du Kansas à Lawrence. Les animaux se trouvaient dans des crevasses de rochers parmi des Raisiniers bord de mer. Ces deux spécimens ont permis à Hedges & Conn de décrire le Scinque de la Désirade (Mabuya desiradae) en 2012.
Puis en 2000, Michel Breuil et Béatrice Ibéné rapportent la présence d'un individu dans la zone de la pointe du Désert. En 2009, premier portrait ! Tiré par Thomas Paré dans la ravine au-dessus du collège. Cliché suivant en 2011, par Maurice Wininger à la Voûte à Pins. Depuis, la machine s'est emballée, et il nous a paru urgent de mener l'enquête sérieusement. D'où l'arrivée de Paul en mai 2014.
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Toto-Bois : Paul, qui es-tu ?
Paul : Un étudiant, un futur ex-étudiant, un Ardéchois, un Montpelliérain, un écolo, un amoureux de la nature : des plantes, des insectes, des animaux, des paysages… J’aime aussi voyager, rencontrer des gens avec qui partager, faire des randonnées, découvrir de nouveaux lieux et pays, j’aime l’eau, la terre, la forêt, les zones désertiques… Je suis également en recherche d’un travail, alors n’hésitez pas à me contacter !
Toto-Bois : A ce qu'il paraît, tu as accepté de passer deux mois sur l'île de la Désirade pour essayer d'en savoir un peu plus sur le Scinque, cette espèce endémique de Désirade et Petite Terre. Quel est le travail qui t'a été confié par ces brutes d'AEVA ?
Préparation du protocole, et serrage de lacets obligatoire.
Paul : Mon travail a été d’apporter le plus d’informations possibles sur ce magnifique lézard. Les débuts n’ont pas été faciles : zéro observation pendant une semaine. Mais petit à petit, j’ai commencé à savoir ou les chercher, comment avancer dans la végétation et comment essayer de les surprendre avant qu’ils ne me voient. A ce moment là je me suis dit que l’objectif que nous étions fixés, c'est-à-dire d’avoir un maximum d’observations afin de créer une carte des localités ou l’espèce est présente était réalisable. Chaque observation était donc relevée avec un GPS, des photos des individus étaient prises si possible et une description du milieu et de la végétation était faite. Pendant que je parcourais l’île de long en large, j’ai également relevé les observations d’autres espèces : agoutis, iguanes des petites antilles, gymnophtalmes d’Underwood, sphérodactyle bizarre, chats et rats ; autant profiter de mes prospections pour comptabiliser un maximum d’informations sur cette île.
Toto-Bois : Si tu devais résumer tes résultats en 2 mots 4 paroles, quels seraient-ils ?
Paul : 64 observations avec plus de la moitié prises en photo, plusieurs nouvelles localités : extrémité est du plateau, grand abaque, ravines au-dessus de Beauséjour plus une grosse concentration d’individus sur la partie nord-ouest de l’île (ravine Banane). Premières observations de jeunes, premières observations d’individus dans la végétation, insectivores, aiment les endroits avec une litière importante et des pierres affleurantes, prédateurs : chats et rats.
Toto-Bois : Que conseillerais-tu pour que la population de Scinques présente sur la Désirade ait de beaux jours devant elle ?
Paul : Je pense que la préoccupation majeure est la présence de la petite mangouste indienne. Les quelques observations qui ont étés faites sur La Désirade sont à prendre au sérieux. L’éradication de cette espèce est indispensable pour le maintien des scinques. Il serait également judicieux d’étudier les interactions chats-rats-scinques afin de comprendre qui prédate qui, dans quelle mesure et quelles sont les conséquences sur les scinques. Nous avons la chance d’avoir deux îles présentant cette espèce de lézard, dont une des deux ou le chat est absent… Enfin il faut continuer à sensibiliser les habitants de La Désirade, qui associent souvent cette espèce à quelque chose de repoussant, or on peut imaginer que l’action de l’homme peu impacter fortement cette espèce (défrichement, élimination manuelle…).
"On a beaucoup exagéré sur mon rôle, j'adore les lézards".
Toto-Bois : Et pour finir, une question un peu indiscrète, quels ont été tes expériences ou souvenirs les plus marquants lors de ton séjour à la Désirade ?
Paul : Sans aucun doute les nombreux moments passés seul, perdu dans la forêt, dans une ravine ou sur la pente d’un morne, à écouter chaque petit bruit, à regarder tout autour de soi et à profiter au maximum de cette sensation de liberté ! J’ai aussi beaucoup apprécié le poisson cuisiné par Lydie, les crabes et langouste offert par Joël et mangés avec Julien, les moments passés dans la nature avec toutes les personnes qui m’ont accompagné : Thomas, Joël, Nicolas, Marie-France, Claudie, Emilie, Anthony, … Enfin j’ai adoré partir à la chasse aux iguanes avec le Gaïac, sauter de mancenillier en mancenillier, attraper une queue d’iguane…
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Avant de rendre l'antenne aux studios 971monamour, je voudrais dire que je le trouve un peu modeste le Paul. En moins de deux semaines, il est devenu capable de repérer plusieurs scinques par jour : de mémoire de Toto-Bois, seules 4 ou 5 personnes ont réussi cet exploit à ce jour (je ne compte pas les chats dans les personnes, car ceux-là sont également très doués pour repérer ces lézards, les attraper, et réaliser pour nous les prélèvements d'ADN !).
Egalement capable de crapahuter sans (trop) se perdre dans le zaion, supporter (plus ou moins) les grosses chaleurs, ne (presque) pas se plaindre du chikungunya, attrapé en fin de séjour.
Et auteur d'une première mondiale : une vidéo de la bestiole, à découvrir sans plus attendre sur Tub a-w.
Le rapport de stage de Paul sera disponible très prochainement sur ce même blog, le temps que le staf du bureau le passe à la moulinette, pas question d'y laisser la moindre coquille, parole de piaf.
Mon premier est une espèce protégée.
Mon second est doté de nombreux petits organes de défense (des piquants en quelque sorte).
Mon troisième est orné à l'âge adulte d'un appendice joliment nommé cephalium.
Et mon tout est l'une des fiertés de la Désirade.
Facile ! Vous avez tous deviné qu'il s'agit d'un cactus.
Tête à l'Anglais. Coussin de belle-mère. Melocactus intortus.
Fichtre, l'hospitalité n'est pas de mise chez cet Anglais-là.
En Tapeur consciencieux, je me suis renseigné sur son statut.
Selon les critères régionaux de l'UICN, l'espèce est classée en danger critique pour la Guadeloupe.
Horreur ! Ça signifie menacée de disparition. Y compris à Saint-Martin. A l’échelle de la région Caraïbe, c'est moins grave : préoccupation mineure, le risque de disparition étant faible. Il existe en effet des populations importantes de ce cactus sur certaines îles situées dans son aire de répartition, de Porto Rico à la Dominique.
Au niveau national, l'espèce est protégée par arrêté ministériel du 26 décembre 1988. En d'autres termes, toute manipulation de Melocactus est interdite, qu'elle soit ou non destructive. On touche avec les yeux !
On trouve assez peu de documentation sur ce cactus, tout ce qu'on peut dire pour la Désirade c'est que les populations ont fortement régressé depuis une petite trentaine d'années.
Qu'est ce qui a bien pu provoquer une telle dégringolade ?
Les prélèvements ? Les cabris ? Le fait même que l'espèce ait été déclarée protégée ? Difficile de le savoir.
Et comment y remédier ?
En cultivant des cactus et en les replantant ? En protégeant physiquement certaines zones ? En mettant un garde avec un fusil derrière chaque cephalium ?
En tous cas, chacun a un avis sur la question. Il devenait urgent de mettre toutes les bonnes volontés autour d'une table pour partager les connaissances et les idées. Une réunion s'est tenue tout récemment à l'initiative de la DEAL, elle a rassemblé ce qui se fait de mieux en matière de gestionnaires d'espaces naturels, de services de l'état et de la sphère associative. Les actions en cours ont été discutées et parfois recentrées. L'idée de mettre en place un véritable plan d'actions a même été émise, il n'y a pas de raison qu'il n'y en ait que pour les Tortues marines et les Iguanes tout de même !
Ca se discute.
Pour revenir à nos moutons Désiradiens, AEVA et Titè se donnent la main pour accueillir une stagiaire, dont la mission (elle l'a acceptée !) est d'imaginer et tester une méthode pour décrire la population de la zone Est, au sein et à proximité de la Réserve naturelle géologique.
Combien d'individus ? Quelle répartition des âges ? Quel lien avec la végétation et les menaces potentielles ? Quelle évolution dans le temps ?
Isabelle (dubitative) et son mentor Nicolas.
Premiers éléments de réponse sur la méthode courant mars, lors de la soutenance d'Isabelle à l'UAG.
Photo Ph. Feldmann
Je dirais même plus, en danger critique d'extinction, au niveau régional pour la Guadeloupe. Selon les critères de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN pour les initiés).
La Guadeloupe est riche.
Riche d'une centaine d'espèces d'Orchidées sauvages, qu'il m'arrive fréquemment d'observer depuis mes arbres favoris. L'une d'entre elles me fait du souci, la terrestre et gracieuse Epidendrum revertianum. C'est d'ailleurs une "fausse" terrestre, car elle n'est pas très ancrée au sol, il est très facile de la transplanter. Facile mais interdit, mademoiselle étant sur la liste des people protégés par arrêté ministériel.
Raymond est inquiet mais pas désespéré.
En 1990, une douzaine de stations de cette espèce étaient recensées avec plusieurs centaines d’individus. Vingt-trois ans plus tard, c'est-à-dire aujourd'hui, la situation n'est pas brillante : seulement deux stations connues, comportant une douzaine individus.
Pas bézef !
Vous me direz que ce n'est pas aussi grave que ça, puisque des plants avaient été sauvegardés in vitro. Que des croisements entre plantes avaient été réalisés, et qu'on dispose donc, au laboratoire et dans certaines pépinières, de plusieurs centaines, voire milliers de desecndants. Un raccourci facile serait de dire qu'il suffirait de les remettre dans la nature et le tour serait joué !
Mais vous le savez aussi bien que moi, la vie n'est pas simple.
Et qu'en pensant aller dans le sens de la protection, on peut aussi bien aller dans celui du mur.
C'est pour cela que tout récemment, nous avons réuni ce qui se fait de mieux en matière de biologie de populations de petite taille. Un séminaire INTERNATIONAL (merci à Raymond, le "canadien portoricain" du groupe) a été organisé en Guadeloupe à l'initiative de l'AGO, et grâce à la décontraction naturelle de la trésorière d'AEVA. Qui a donné le feu vert pour pré-financer l'opération, on se demande comment de tels irresponsables sont recrutés dans ces structures associatives. Nos spécialistes invités : Nathalie Machon du Museum, et Raymond Tremblay de l'Université de Porto Rico.
Le morne Mazeau en 1987, du temps où notre gracieuse terrestre vivait de beaux jours.
Ce furent deux journées fort sympathiques, préalable indispensable pour que la mayonnaise prenne, et pour arriver à bien s'amuser (pardon, travailler) ensemble. Au programme tout d'abord, la visite du laboratoire de culture in vitro du CRB INRA-CIRAD, ou Man Jocelyne fait des merveilles pour conserver et repiquer les Orchidées dans des mélanges de gélose savamment dosés.
Puis un petit tour dans les jardins et ombrières des amoureux d'Epidendrum revertianum, j'ai nommé Nicolas et Claude.
Marie-France nous a à cette occasion désaltérés avec un délicieux jus de gingembre maison.
Troisième temps des visites : le terrain. Les talus pentus de la Mamelle de Petit-Bourg, puis le Morne Mazeau à Deshaies.
Philippe affecté à la circulation sur la Mamelle Petit-Bourg.
Deuxième jour, tout le monde est puni et se retrouve en salle. Messieurs dames, il va falloir potasser un peu avant d'envisager quoi que ce soit :
Nathalie expliquant au parterre d'ignares que nous sommes, la différence entre heterosis et dépression de consanguinité.
- quelle est la réglementation sur les espèces protégées ?
- que faut-il faire pour être autorisé à manipuler des espèces protégées ?
- quels sont les freins au renforcement des petites populations ?
- quelles sont les clés pour la conservation des espèces ?
- que connaissons-nous exactement des populations d'E. revertianum ?
Mais oui, beaucoup de questions. Mais rassurez-vous, également quelques réponses, toutes consignées dans le compte-rendu ce ces journées, maintenant disponible dans tous les bons kiosques.
Nous sommes très fiers, Jeanny Marc, députée maire de Deshayes, a passé toute une matinée avec nous. A été conquise par Raymond (enfin, par son exposé) et Nathalie. Souhaite investir sa commune dans le projet, notamment au travers de la participation d'écoliers à certaines actions.
Sur la question récurrente du nerf de la guerre, le court terme semble en bonne voie, le Parc National ayant classé notre projet prioritaire pour un financement.
Qu'allons donc nous faire dans les mois et les années qui viennent ? Quand je dis nous, je parle au nom de beaucoup d'acteurs, que je cite par ordre alphabétique de peur de fâcher : AEVA, AGO, CBIG, CIRAD, DEAL 971 & 972, INRA, Ionopsis, Museum, ONF, PNG, Université de Porto Rico.
Eh bien voici le programme :
Monter un plan de sauvegarde permettant de reconstiituer des populations viables de l’espèce :
- Réaliser l'état de l'art, regrouper la bibliographie (publications, rapport de stage etc..), partager les documents sur un répertoire en ligne.
- Essayer de sécuriser la conservation de chaque plante sauvage, soit avec les kékis (petits plants se développant sur les hampes florales), soit in vitro.
- Mettre en œuvre une action d'urgence en créant de nouvelles populations avec les plants déjà disponibles. Il faudra donc réaliser des transplantations avec au moins une centaine d'individus. Un diagnostic sanitaire sera à réaliser auparavant.
- Etablir la liste des croisements réalisés, en précisant l’origine des individus utilisés.
- Envoyer des fragments de plants sauvages et cultivés au Museum, pour analyser la structure génétique des populations, et ainsi avoir des éléments pour définir la stratégie de renforcement.
- Faire le lien entre diversité génétique et fitness des populations.
- Identifier des sites pour implanter de nouvelles populations.
Après, on se fait une petite bouffe et on avise !
Une fois n'est pas coutume, parlons Mollusques, et plus précisément, gastéropodes, je dirais même plus, escargots.
Tout le monde connaît l'Achatine, apparue en Guadeloupe dans les années 80, et pouvant être qualifiée d'espèce exotique envahissante. Très gourmande en végétaux divers.
Eh bien l'achatine n'est plus seule. Elle a été rejointe par une autre espèce d'escargot introduite, qui a été signalée en 2010 par Massemin & Pointier : Zachrysia provisoria. A ce propos, merci à Olivier Gargominy et Benoît Fontaine pour l'identification de cet animal appartenant à la famille bien connue (non ?) des Camaenidae ou des Pleurodontidae selon les sources !
Nous ne savons pas encore si Zachrysia se comportera comme une plaie d'Egypte, mais certains délateurs nous ont déjà rapporté de graves méfaits. L'individu apprécie particulièrement les orchidées, ce qui n'est pas au goût de nos amis de l'AGO (Association Guadeloupéene d'Orchidophilie). Il a également été surpris en flagrant délit de consommation de substances illicites telles qu'ignames, cactus et Adenium (ceux qui ne savent pas ce que c'est sont priés d'aller voir sur Oui qui pied doigt).
Avec notre manie de fureter, nous allons essayer d'en savoir un peu plus sur cette bête à coquille sur l'île de la Guadeloupe. Les auteurs du premier signalement écrivent que Zachrysia « revêt un caractère invasif et abonde désormais dans les friches et les jardins de la quasi-totalité de l’île ». Nous ne partageons pas tout-à-fait cette analyse, mais lançons ici un appel à témoignage. Soyons clairs : aucune récompense à qui nous apportera des informtions sur le suspect. Hormis notre reconnaissance quasi-éternelle, ce qui n'est pas si mal.
Notre ami Nicolas a préparé une petite fiche qui donne des détails sur cette malheureuse affaire, et qui vous indiquera comment participer à l'enquête du siècle. Cliquez ici-même.
Last but not least : les dépendances semblent pour le moment épargnées par Zacrhysia, et ce serait vraiment ue bonne chose qu'elles le restent. C'est pourquoi nous avons alerté la BAZ (Brigade Anti Zachrysia) afin que toute tentative d'immigation non choisie soit sévèrement réprimée.
Qu'on se le dise.
Référence
Massemin D. et Pointier J.P. 2010. Ces escargots qui envahissent la Guadeloupe… Le Courrier de la Nature n°254, Mai-Juin 2010 : 16-17.
Photo Sophie Briand.
Megaceryle torquata ssp. stictipennis - Cliché P. Villard.
L'accouchement fut difficile, mais le staff d'AEVA peut souffler : avec seulement 3 mois de retard (merci à nos financeurs pour leur indulgence), nous avons pu livrer le bébé. Un rapport d'une soixantaine de pages, photos incluses, qui permet d'apporter quelques réponses sur le statut de cette espèce en Guadeloupe.
Mais pourquoi s'intéresser à ce volatile plutôt qu'à un autre ?
Eh bien parce qu'à AEVA, nous avons tendance à faire ce qui nous chante. Et le Martin-pêcheur nous chantait, car c'est une espèce qui semblait devenue très rare en Guadeloupe, et peut-être donc menacée. Mais encore fallait-il disposer de quelques données factuelles pour le démontrer.
Les objectifs qui découlaient tout naturellement de ce questionnement étaient donc les suivants : estimer la taille de la population du Martin-pêcheur en Guadeloupe, cartographier les observations, proposer des hypothèses pour expliquer sa raréfaction, proposer des pistes pour sa conservation.
Comment donc nous y sommes-nous pris pour y arriver ? Dans un premier temps, un rapide coup d'oeil dans notre volumineux carnet d'adresse nous a permis d'identifier LA personne qui accepterait :
i) d'aller arpenter une quarantaine de rivières dans tous les sens sur la pointe des pieds pour ne pas effaroucher les oiseaux,
ii) de grimper sur les falaises de bord de cours d'eau avec une échelle pour voir si par hasard les trous dans les berges ne seraient pas des nids,
iii) d'aller faire un tour en Dominique voir si j'y suis,
iv) de passer tout ça dans la moulinette du système d'information géographique du Parc National,
v) et enfin de se soumettre à la critique des petits copains en leur proposant une première version du rapport.
Nous ne dévoilerons pas quelles furent les étapes les plus difficiles. Mais nous vous disons que cette personne, c'est Pascal Villard, qui avait déjà sévi sur une autre espèce que nous affectionnons : la mienne (le Pic de la Guadeloupe). Alors merci Pascal pour tout ce travail de terrain éprouvant. Je revois ta tête quand au bout d'un mois, tu n'avais toujours pas vu l'ombre de la queue d'un Martin.
Je n'en dirai guère plus, l'heure tourne et je dois retourner prendre un peu de repos sur mon Gommier rouge. Si 17 Mo ne vous effraient pas, je vous propose de télécharger le rapport en simple-cliquant là. Avant la saison de la reproduction (pendant laquelle d'autres devoirs m'appelleront), je me fendrai d'un petit article de synthèse accessible à tous, et qui reprendra les principales conclusions de l'étude.