4 mars 2024 1 04 /03 /mars /2024 15:59
Quel sens pour la carrière ?

Vous avez sans doute suivi les épisodes malheureux qui se sont produits depuis 2021 entre la Marina de Rivière-Sens - 3 comblements en un peu plus d'un an, et la route de Vieux-Fort - 4 éboulements majeurs, dont le dernier a failli faire passer de vie à trépas un conducteur qui passait par là. Par chance il savait nager, et a pu s'enfuir par la mer.

 

Suivez donc la série "Rivière (aucun) - Sens", nous arrivons bientôt à la saison 4.

 

Vous allez dire que je suis mauvaise langue. Mais ma langue de Toto-Bois m'est bien utile pour dénicher les anguilles sous roches (ou plutôt les vermisseaux sous écorces).

 

En un peu plus de trois ans donc, on a assisté à 4 épisodes pluvieux ayant donné lieu à des débordements et des comblements dramatiques. Certes il a beaucoup plu. Mais pas plus que pendant les décennies précédentes, et pendant lesquelles ces phénomènes ne se sont pas produits. 

Prononçons dès maintenant le mot qui fâche : carrière.

 

L'exploitation de la carrière de Rivière-Sens est-elle responsable, peu ou prou, des ces débordements, qui ont causé de gros problèmes à différents niveaux ? 

 

On peut citer la mise en danger de la vie d'autrui, la gêne aux usagers de la route, les coûts de déblaiement. Et aussi, les impacts sur l'environnement marin (déversement de matériaux dans la mer) et terrestre (écosystèmes des ravines détruits). Excusez du peu.

Les avis sont partagés.

 

Côté Ravine Turlet, tout le monde reconnaît que la gestion par l'exploitant est directement à l'origine des effondrements sur la RD6 à la limite entre Gourbeyre et Vieux-Fort. Je volais sur les pentes des ravines, à la recherche d'un tronc pour y établir mon nid, et j'ai bien vu ce qui se passait. Plutôt que de stocker les matériaux non exploitables en des lieux appropriés, selon les recommandations des services de l'État, disons que les camions préféraient tout balancer dans la ravine. Je suis bien triste car à l'heure ou je vous parle, cet écosystème est détruit, empli de matériaux qui empêchent toute vie végétale ou animale. Vous vous voyez vivre dans un bac à sable vous ?  

 

Par contre, pour ce qui est de la Ravine Salée, celle qui mène à Rivière-Sens derrière la marina, deux courants s'affrontent. 

 

Equipe des Bleus : le discours officiel, étayé par un rapport de l'ICPE (Installations Classées Pour l'Environnement) est que d'après les photos prises par drone, il n'y a pas eu déversement de matériaux dans la ravine par SGE depuis le haut de la carrière. Donc les matériaux retrouvés dans la marina proviendraient des zones de glissement de terrain d'autres zones de la ravine.

 

Equipe des Verts (au hasard) : grâce à une méthode éprouvée (prendre de bonnes baskets, un appareil photo, et monter voir là-haut comment c'est), le constat est différent. Le collectif qui s'est monté en 2023 nous a expliqué la chose suivante : en rive gauche de la ravine, à cause du non-respect des préconisations de gestion, des glissements de terrain se sont produits depuis la limite de la carrière, au moins à partir de 2014. La crête avait été très fragilisée par l'exploitation, et en 2016, on constate un éboulement majeur. D'après le collectif, ce sont ces matériaux, vus de leurs yeux vus, issus de la carrière qui ont au final en partie comblé la marina.

 

Allons donc mener l'enquête...

Un sac de pouzzolane offert à qui identifiera cette espèce, mellifère

Un sac de pouzzolane offert à qui identifiera cette espèce, mellifère

Samedi donc, profitant d'un temps clément, les fidèles lieutenantes (un seul lieutenant) d'AEVA partent à l'assaut de la pente sud de la Ravine Salée, guidés par Alain Dukolektif 🤗

Sentier du tour du Houëlmont, en partant de la route de l'Observatoire

Sentier du tour du Houëlmont, en partant de la route de l'Observatoire

Juste après les restes d'une sépulture ancienne, à gauche toute pour descendre dans le lit de la ravine.

Nous sommes au niveau de l'éboulement majeur. Au-dessus, le lit de la ravine n'a pas ce faciès empli de graviersNous sommes au niveau de l'éboulement majeur. Au-dessus, le lit de la ravine n'a pas ce faciès empli de graviers

Nous sommes au niveau de l'éboulement majeur. Au-dessus, le lit de la ravine n'a pas ce faciès empli de graviers

Notre laborantine en chef prélève un sachet de sable et graviers. Ce sont les mêmes graviers que nous allons retrouver sous la végétation de lianes et d'herbes, en remontant la pente. Qui est raide !

La photo de gauche montre la pente de l'éboulis. Celle de droite montre la beauté des pentes de la rive droite, qui elles sont épargnées par les éboulements...La photo de gauche montre la pente de l'éboulis. Celle de droite montre la beauté des pentes de la rive droite, qui elles sont épargnées par les éboulements...

La photo de gauche montre la pente de l'éboulis. Celle de droite montre la beauté des pentes de la rive droite, qui elles sont épargnées par les éboulements...

Après quelques glissades, nous atteignons le sommet de la pente. C'est impressionnant car un canyon a été creusé au niveau de la crête. Nous maîtrisons notre vertige, et observons les lieux. De part et d'autre de la pente que nous venons de gravir, deux petites ravines secondaires font office de collecteurs de graviers lors des fortes pluies. Elles rejoignent la Ravine Salée.

A gauche : limite Sud de la carrière, on voit que la crête a été arasée, et qu'un canyon a été creusé

A gauche : limite Sud de la carrière, on voit que la crête a été arasée, et qu'un canyon a été creusé

Ce canyon creusé par l'exploitant rejoint la Ravine Turlet, avec les débordements que l'on sait.

Un Chataîgnier marron, qui a échappé aux molosses

Un Chataîgnier marron, qui a échappé aux molosses

Ce qui est frappant, c'est le contraste entre les pentes de l'autre rive de la Ravine Blanche, magnifiques et épargnées par les glissements de terrain. 

 

Nous soutenons donc l'hypothèse de l'équipe des Verts.

 

Et posons la seule question qui présente un intérêt à nos yeux : comment arrêter le massacre des Monts Caraïbes ?

Pour en savoir plus, vous pouvez lire la synthèse préparée par le collectif, en cliquant ici !

13 mars 2020 5 13 /03 /mars /2020 17:26
Moins de trous, c'est bon pour Tibou !

Excusez mon humeur blagueuse, c'est que je suis un volatile heureux.

 

La guerre de Troyes du golf de Petit-Bourg marque une pause !

 

Une sacrée pause même, le tribunal administratif de Basse-Terre ayant estimé que non, il n'était pas légal d'urbaniser la zone de Caféière dans laquelle était prévue l'implantation du golf et d'un hôtel à plusieurs étoiles.

 

Moi les étoiles que je préfère, je les compte par milliers (enfin, si je savais compter) pendant les nuits claires, si possible au-dessus d'une belle forêt qui ne soit pas fragmentée par l'urbanisation. Ça s'appelle un corridor écologique messieurs-dames, et ça c'est reconnu par la loi.

 

Et puis autre chose, les communes n'ont pas le droit de décider qu'une zone va devenir urbanisable si elle est en plein dans le zion, ce qui est le cas à Caféière !

 

Nous avions donc signalé ça à plusieurs reprises, lors des enquêtes publiques qui ont précédé l'adoption du PLU de petit-Bourg en 2019 (voir notre article de 2017). PLU = Plan Local d'Urbanisme.

 

Pour ceux que le langage juridique n'effraie pas (on dirait que ce n'est pas écrit en français), vous pouvez jeter un oeil sur :

 

- Notre recours initial, à l'encontre de la Mairie de Petit-Bourg

- Sa réponse en défense

- Notre réplique à sa défense (vous suivez ?)

- Et enfin, le jugement ! Rendu le 9 mars (journée internationale du droit des Pics), après l'audience du 20 février.

 

Nou kontan ! Mé nou véyatif, parce que la municipalité a deux mois pour faire appel de cette décision.

 

Et bien voilà, le délai est passé, il n'y a pas eu d'appel. Une partie du PLU est donc annulée, ainsi que le projet en l'état  :-)

8 décembre 2019 7 08 /12 /décembre /2019 18:47
La nouvelle carte de membre !

La nouvelle carte de membre !

Plus d'un an que le Toto-Bois ne vous a pas donné de ses nouvelles. L'adage le dit, on ne peut pas être au four et au moulin. Ou plutôt sur le grill et sur la toile.

Depuis une année, j'observe les membres du bureau de l'association. Ils sont loin d'être inactifs, bien qu'ils n'aient pas communiqué par mon intermédiaire. 

Comme l'assemblée générale se prépare (14 décembre, 16h30 à Bel Air Desrozières), je suis allée faire mon mako. J'ai pu pirater l'ordi de je ne dirai pas qui, et je vous fais un copier-coller comme ça vous saurez tout. 

L'année a été largement consacrée à des recours juridiques. Nous nous sommes mobilisés pour nous opposer aux projets de golf à Petit-Bourg (recours contentieux en cours), de circuit polyvalent à la Gabarre (projet abandonné sur le site prévu, suite à l'enquête publique), et aux actions d'appropriation de terres à Goyave (procédures en cours). Le partenariat avec des associations naturalistes, citoyennes et politiques a été fructueux et a permis d'obtenir des résultats.

 

Le projet PHALBALA (Les PHAsmes, ou La Biodiversité Apprise avec Les Autres) a été mis en œuvre, notamment les inventaires et les animations dans des écoles de Marie-Galante, la Désirade et les Saintes. Notre trésorerie solide a permis de faire face aux importants retards de paiement par le bailleur. L'exposition itinérante sur les Phasmes est en phase de réalisation.

 

AEVA a été associée au dépôt de deux projets pour financement par le Parc National de la Guadeloupe. L'un pour clore la recherche du Pétrel Diablotin, grâce à la technologie radar. L'autre pour cartographier la présence de l'Organiste Louis d'Or en zone de cœur du Parc. Les deux projets seront soutenus et démarreront en 2020.

 

L'offre d'animation n'a porté cette année que sur deux sorties et deux exposés-débats.

 

Le Toto-Bois a communiqué 2 fois (pan sur le bec, c'est peu !) via son blog, dont l'audience est stable, avec environ 23 pages vues chaque jour. 

 

Enfin, la demande d'agrément à la Préfecture qui arrive bientôt à échéance après 5 ans a été renouvelée.

Ciguine m'était contée

Ciguine m'était contée

Bon ils ne sont pas si mal, je vais garder l'équipe finalement. Au conseil de classe, je leur demanderai de ne pas se relâcher au deuxième trimestre, et de faire un effort en 2020 sur les sorties et exposés...

Si vous souhaitez un renseignement, emilie.peuziat971@gmail.com se fera un plaisir de vous répondre. 

28 novembre 2018 3 28 /11 /novembre /2018 10:18
Supermotard non merci

Moi je suis un oiseau poli et respectueux du droit. Alors je me sens un excellent porte-cuicui pour demander au porteur du projet Supermotard, et à l'Etat français, de respecter ce qui doit l'être.

 

Imaginez : moi le Toto-Bois (Pic de la Guadeloupe pour les nouveaux, ou encore Toto-Bois pour les intimes), je suis la seule espèce d'oiseau endémique de cette petite île. L'Union Internationale pour la Conservation de la Nature considère que je suis quasiment menacé. Je suis protégé par la Loi française. J'ai un peu les chevilles qui enflent, mais c'est un fait : je suis emblématique et patrimonial, alors respect !

Et ne voilà-t-il pas que le corridor écologique entre les deux parties de la Guadeloupe est menacé par un projet de circuit, sur lequel des motos et karts pourraient circuler à 200 km/heure. C'est grâce à ces trames vertes et bleues (inscrites dans la Loi messieurs zé dames) que l'écosystème a une une chance de continuer à fonctionner à peu près correctement (ce qui est déjà bien compliqué, un des gros problèmes du territoire de la Guadeloupe étant le mitage des terres).

Et puis bonjour le bruit (moi et les autres espèces protégées, ça ne va pas nous arranger), les poussières (qui vont atterrir sur la végétation et les animaux du coin), les hydrocarbures (je me demande bien comment ils vont empêcher les fuites), le risque d'inondation (vous avez entendu parler d'un truc qui s'appelle le réchauffement climatique et la remontée des eaux qui va avec ? Eh bien dans quelques dizaines d'années, ce circuit aurait les pieds dans l'eau).

Tout ça est bien embêtant non ?

Mais le meilleur est à venir, asseyez-vous et attachez votre ceinture (et prenez garde à la chute d'objets).

Le site du projet est situé dans l'aire maritime adjacente du Parc National, dans la zone tampon de la Réserve de Biosphère, en limite d'un site RAMSAR (c'est du sérieux : reconnaissance internationale), pour partie dans la zone des espaces remarquables selon la Loi Littoral (donc toute construction interdite sauf aménagement léger), et surtout, dans le DPM naturel.

DPM qu'est-ce donc ? J'ai potassé vous pensez bien, compte tenu de l'urgence. 

DPM = Domaine Public Maritime. Inaliénable, inconstructible, disent les textes. Sauf exception pour des aménagements légers, provisoires (30 ans max quand même) et avec remise en état à la fin des réjouissances.

 

Il y a donc un sacré os là, et une couleuvre que je ne suis pas prêt à avaler (d'autant plus que je suis plutôt du genre insectivore).

Cerise sur la moto, et pas des moindres, le porteur de projet a pris les devants, et a commencé depuis 2016 à remblayer la mangrove (hé ho, t'as pas lu ton code de l'urbanisme ?), selon le tracé exact du projet. Il y a parfois des coïncidences extraordinaires.

Je me suis dit dans ma petite cervelle d'oiseau que la plainte qui a été déposée pour ce délit allait être suivie d'effet, et que le contrevenant serait au moins prié d'arrêter ses âneries.

Hé bien c'est tout le contraire. La Préfecture soutient, et a même pris un arrêté dispensant le porteur de mener une étude d'impact. C'est plus pratique, on pourra faire comme s'il n'y en avait pas des impacts négatifs sur les espaces et les espèces protégées.

Et aujourd'hui (21 janvier 2019), une enquête publique démarre en mairie de Baie-Mahault. Certainement pas pour mes beaux yeux (pas de maquillage pour les Toto-Bois), mais parce qu'il n'y a pas moyen de faire autrement : le projet n'est pas compatible avec le SAR - puisqu'il n'y est pas prévu (allez faites un effort, cherchez tout seuls ce que ce c'est que le SAR). Plutôt que de changer d'endroit pour le circuit, changeons le SAR ! Et donc enquête publique : messieurs-dames, ça vous va un nouveau SAR, et une convention d'utilisation du DPM pour y installer le circuit ?

Je vous conseille vivement la lecture des quelques documents ci-dessous :

- Un avis du Conseil scientifique du Parc national, ils ont pris le temps de regarder la chose sous toutes ses coutures.

- Le communiqué de presse de l'Union Internationale de la Conservation de la Nature, qui s'inquiète de ce qui se trame (ni verte ni bleue). 

- Le courrier de MAB France au Ministre de la Transition écologique et solidaire, qui rappelle à la France ses engagements.

 

Et n'hésitez pas à signer là. Les pétitions, c'est comme la lecture, ça ne peut pas faire de mal.

Si jamais le coeur vous en dit, vous pouvez aussi donner votre avis et faire remonter des observations pour la mascarade l'enquête publique (cliquez là). Vous avez tous les éléments pour vous faire votre propre idée.

L'Union Internationale de Conservation de la Nature s'en mêle

22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 15:26
Un ticket pour le golf ?

Plutôt un ticket d'attente, qui nous a été délivré à la Mairie de Petit-Bourg, le 14 janvier dernier.

 

C'est qu'il y avait foule pour rencontrer le commissaire enquêteur, en charge de recueillir les avis du public, relatifs au projet de PLU de Petit-Bourg.

 

PLU mais qu'est-ce donc ? Le Plan Local d'Urbanisme, qui est venu remplacer le POS (Plan d'Occupation des Sols). Un document qui décrit la stratégie de la commune, son projet de développement en quelque sorte. Et donc, en lien avec les projets d'une commune, sont proposées les affectations du foncier. Il s'agit de préciser ce qui reste ou qui devient naturel, agricole, constructible etc... 

 

Les têtes pensantes d'AEVA ont donc planché sur le PLU de Petit-Bourg, pour tenter de porter une contribution citoyenne à cette commune chère à notre coeur ! En tant que volatile petit-bourgeois je me serais bien exprimé, mais je n'y comprend pas grand-chose à l'urbanisme. Moi c'est plutôt techniques de vol et de capture de vermisseaux.

 

Quelle ne fut pas leur surprise lorsqu'ils découvrirent un projet de "golf de montagne" du côté de la crête de Caféière. Je connais bien le secteur, j'y ai fait mon nid assez souvent, la zone étant riches en arbres morts. Une jolie petite forêt sur les pentes de la vallée de la Lézarde, même pas urbanisée. 

 

Le projet prévoit l'urbanisation de 106 hectares pour les aménagements, installations et constructions liées au projet de golf.

 

Les Aévistes n'ont rien contre le développement de la commune en général, ni contre le golf en particulier, mais il s'agirait tout de même de tenir compte des documents d'aménagement et réglementaires. Pour résumer là où le bat blesse : 

 

- La loi Littoral (même si c'est en forêt !) précise que "sur l'ensemble du territoire communal, l'extension de l'urbanisation doit être réalisée en continuité  avec les agglomérations et villages existants". Or à Caféière point de village ! Juste quelques maisons en crête sur le bord de la route.

 

- Le PADD (Projet d'Aménagement et de Développement Durable) de Petit-Bourg affiche l'objectif d'"intégrer la préservation des continuités écologiques au projet de développement de la commune". Vous savez, l'histoire des corridors écologiques et des trames vertes et bleues. Eh ben là elle en prend un coup la trame verte, le projet de golf étant situé sur le seul corridor écologique d'axe Est-Ouest du territoire communal !

 

Deux émissaires ont donc remis en mains propres un courrier - courtois mais sans langue de toto-bois - au commissaire enquêteur. Qui s'est d'ailleurs étonné de n'avoir reçu aucune autre visite relative aux projets de la commune pouvant avoir un impact sur l'environnement.

 

J'ai voulu en avoir le coeur net et ai décollé de mon cocotier préféré pour effectuer un survol rapide et discret du registre de l'enquête. Résultat consternant : quasiment toutes les interventions étaient des demandes de déclassement de terrains pour qu'ils deviennent constructibles. 

 

Pour les curieux, l'intégralité du courrier transmis.

 

Affaire à suivre...

8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 16:33

Ou : Enfin un rôle utile des cyclones en Guadeloupe !

Pingo a échappé de peu aux chasseurs de Guadeloupe grâce à Isaac !

 

Marais-Port-Louis-Guadeloupe.jpg

Marais de Port-Louis, lieu mal fâmé pour limicoles en tous genres.

 

 

 

Qui est Pingo ? Un de mes cousins, un Courlis corlieu. Un de nos alliés, qui tient à garder l'anonymat, nous rapporte les faits suivants. C'est du journalisme d'investigation où je ne m'y connais pas.



Pingo, le Courlis corlieu qui traversait les Antilles lors de sa migration vers le sud, et et qui était suivi par satellite, a dû contourner la Guadeloupe en raison du passage de la tempête Isaac. Il est arrivé sain et sauf sur le continent sud-américain et a donc évité le sort des deux autres Courlis corlieux suivis, tués quasi simultanément lors de leur arrivée en Guadeloupe en septembre 2011.

 

L'affaire avait fait grand bruit dans le petit monde naturaliste, dépassant largement les limites de l'archipel guadeloupéen. La présidente de la SCSCB (Société pour l'Etude et la Conservation des Oiseaux de la Caraïbe) s'était même fendue d'un "courrier de préoccupation" (ces anglo-saxons ont le sens de l'euphémisme) auprès du préfet de Guadeloupe, que nous vous joignons ici.

 

Courrier à télécharger

 

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Monsieur le Préfet,

 

Veuillez s'il vous plaît trouver un courrier de préoccupation de la Société pour l'Etude et la Conservation des Oiseaux de la Caraïbe (SCSCB) au sujet du tir récent, en Guadeloupe, de deux limicoles portant des balises Argos. Nous attendons avec impatience de travailler avec vous sur cette question.

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Je ne suis pas certain que le Préfet ait manifesté beaucoup d'impatience à répondre.

 

Les cyclones seraient ils la seule manière de donner un répit aux oiseaux migrateurs passant dans les Antilles françaises ?
Probablement plus que les autorités et offices responsables de la mise en oeuvre des réglementations. Ils n'ont certainement pas prévu de proposer de suspendre la chasse aux oiseaux épuisés lors et après le passage de cette perturbation climatique comme la loi le permet pourtant.

 

Suvi du dossier

 

- 8 octobre 2012 - Nous (collectif AMAZONA, LPO, AEVA, ASFA, le CAROUGE, le GEPOG) réitérons notre demande au Préfet, voir courrier joint.

 

- Et en rangeant mon vieux trou de nidification, j'ai encore retrouvé un courrier datant de... 1995. Les Préfets se suivent, les problèmes demeurent. Voir fichier joint.

21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 17:04

Saintoise-Deshaies-1988-.jpg

Saintoises à l'ombre des amandiers.

 

Le Mercury Day est une manifestation qui mêle promotion d'une marque de moteurs, et festivités. A cette occasion, des centaines de plaisanciers se rassemblent et font la fête. Une société est en charge de l'organisation de cet événement, qui se tient depuis quelques années dans les eaux Guadeloupéennes.

 

2005, 2006, 2007 : le rassemblement se déroule à l'Ilet Caret.

2008 : il est interdit à Caret  par le Préfet, bien que cet îlet ne soit pas dans une aire protégée (ce qui montre que l'absence de réglementation restrictive n'empêche pas de prendre des mesures adaptées à un enjeu écologique). 

2009 : les organisateurs exportent le concept à Anguilla.

2010 : il est programmé les 24 et 25 juillet aux Saintes dans la baie de Terre-de-Haut, au lieu-dit du Fond du Curé.

 

Le maire de Terre-de-Haut est demandeur de cette manifestation. La Direction Régionale de l'Environnement n'a pas donné d'avis défavorable, compte tenu de la médiocre qualité écologique de la zone concernée. Le Préfet a donc donné son autorisation. 

 

Jusqu'à présent, tout va bien.

 

Il est en effet légitime pour les plaisanciers de profiter de la mer et de la période de vacances pour se retrouver dans une des plus belles baies du monde.

 

Il est également compréhensible que faute d'arguments scientifiques solides, les services de l'Etat rechignent à interdire une manifestation, prévue dans une zone qui ne fait partie d'aucune Réserve ni Parc National. 

 

Et puis tout de même, allez vous mettre à l'eau au Fond du Curé, on ne peut pas dire que les herbiers soient très étoffés, ni les tortues très abondantes. Il y a bien des populations d'oiseaux qui risquent d'être dérangées, mais pas de quoi fouetter un iguane que diable.

 

Pourtant, un tel rassemblement ne sera pas de petite ampleur dans cette baie. En quelques heures, des centaines de bateaux, donc des milliers d'usagers, disperseront dans le milieu une quantité certaine d'hydrocarbures, de matières organiques et de déchets non biodégradables.

 

Les promoteurs de la manifestation mettent en avant qu'il s'agit d'un moindre mal, puisque les fonds sont déjà dégradés. Soit. Mais il faut être conscient qu'il n'y a pas de site déconnecté des autres, et qu'aggraver l'effondrement écologique d'un secteur peut avoir des répercussions sur les autres. Ce n'est pas démontré dans le cas qui nous intéresse, mais dans de telles situations d'incertitude, pourquoi ne pas demander aux porteurs de projets d'en démontrer l'innocuité, conformément à la pratique des études d'impact ?

 

La Guadeloupe affiche des ambitions louables de tourisme et de développement, durables.

Elle a pour ça des atouts que la majorités des régions françaises lui envient : située dans un hot-spot de biodiversité, dotée du statut UNESCO de Réserve de Biosphère sur TOUT son territoire, bénéficiant d'une diversité de paysages exceptionnelle dans un si petit espace.

 

Des efforts importants sont consentis pour sauvegarder les espaces et les espèces les plus exceptionnels, par le biais d'espaces protégés. Le Parc National et les collectivités de "la zone d'adhésion" (c'est-à-dire en dehors de la zone de coeur) sont en train de négocier une charte. Elle posera les principes d'un développement respectant tant que faire se peut le caractère remarquable du territoire.

 

On voit donc que nous sommes loin de la nature sous cloche, confisquée à sa population pour mieux la préserver. Des projets sont d'ores et déjà engagés pour restaurer des milieux, et réintroduire une espèce emblématique, le Lamantin. Projet basé sur la prise de conscience des usagers de la mer qu'ils auront à changer leurs habitudes.

 

Quel rapport avec le Mercury Day ? Le changement d'habitudes, pourquoi ne pas commencer maintenant ? Pourquoi laisser perdurer un rassemblement qui ne présente d'intérêt ni général, ni culturel, ni sportif, ni traditionnel ? 

 

Et surtout qui donne une image incohérente et négative par rapport aux voeux (pieux ?), affichés à tous les niveaux,  d'un développement adapté au patrimoine exceptionnel de la Guadeloupe.

7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 09:05

Sirènes gommées

 

Qui ne connaît la légende des sirènes, dont les chants charment les hommes au-delà de la raison ?
 

Un peu d'histoire
 
En 1667, la vie est dure pour les lamantins en Guadeloupe*.

 

En 1998, la Réserve Naturelle du Grand Cul-de-Sac Marin élabore son premier plan de gestion. Un des super-objectifs est de réintroduire le Lamantin (Tricherus manatus), Sirénien probablement disparu des eaux de Guadeloupe au 18ème siècle à cause de la surexploitation (RP Pinchon, 1967)**.  On nous explique à l'époque que c'est un objectif symbolique, qui permettrait de fédérer les différents acteurs pour réhabiliter préalablement le milieu. Et lorsqu'on arriverait à une qualité écologique suffisante, alors on pourrait envisager une réintroduction.

 

En 2002, la DIREN produit une étude faisabilité de la réintroduction, document intéressant, mais peu étayé scientifiquement.
 
En 2009, la Réserve est intégrée par décret au Parc National de la Guadeloupe, qui hérite de fait de cet objectif. Entre-temps, on est passé de l'idée au projet. L'avis des scientifiques est sollicité, non pas sur le bien-fondé d'une telle réalisation, mais sur des questions biologiques, techniques, sociales...
 
2010, le projet avance.

On cerne maintenant un peu mieux les contraintes techniques de l'opération. Il est admis qu'il faudrait réintroduire la forme Antilles plutôt que celle que l’on rencontre en Floride***, qu'il vaudrait mieux prélever des animaux au sein d'une population de taille et de diversité importante (la Colombie semblerait une candidate possible), qu'environ 10 individus devraient être relâchés parmi lesquels 7 ou 8 femelles, qu'au bout de quelques années il serait souhaitable d'échanger les mâles introduits contre de nouveaux, pour apporter de la diversité génétique. Du bon sens et de la logique, néanmoins parfois un peu éloigné des contraintes de la biologie de la conservation en l’absence d’analyse sérieuse en génétique des faibles populations.
 
Moi, simple Toto des Bois, je me pose des questions.

 

  • Pourquoi réintroduire le Lamantin ?
  • Qu'est ce qui a changé dans le milieu qui fait que cette fois-ci, il se maintiendrait ?
  • Depuis 1998, en quoi la qualité écologique du Grand Cul-de-Sac Marin s'est-elle améliorée ?
  • Une telle opération apportera-t-elle un avantage pour la conservation de l'espèce au niveau mondial ?
  • L'espèce a disparu de l'ensemble des petites Antilles, y a-t-il une chance raisonnable pour qu'elle se maintienne en Guadeloupe ?
  • Quelle mine aurons-nous si les boat-manatees passent dans le Petit Cul-de-Sac ou émigrent vers d'autres îles ? 
     
    Ce que j'ai observé lors de mes très rares incursions en bordure de Grand Cul-de-Sac (j'ai horreur de voler à découvert) ne pousse pas à applaudir des deux ailes. Une route a été construite en lisière de forêt marécageuse, et les remblais perturbent probablement les écoulements. La décharge de Sainte-Rose s'est transformée en SITA Espérance, on annonce un important trafic de déchets par camion et bateau. Un pesticide dont je ne dirai pas le nom pollue pour quelques siècles les sols, les eaux, les organismes vivants. Le trafic des bateaux de pêche et de plaisance est loin d'avoir régressé, sans oublier les nouveaux venus : les scooters des mers, autrement appelés Jet skis. Et cerise sur le gâteau, le blanchiment des coraux s'est intensifié, l'écosystème marin n'est pas à la fête.
     
    Le Lamantin est évidemment très sympathique. L'expert scientifique qui suit le projet a même écrit dans la première page de son rapport que les actions de réintroduction étaient "nobles" (Reynolds & Wetzel, 2008). On n'est pas obligé d'être d'accord là-dessus. Par leur action, les humains ont fait disparaître une espèce d'un milieu. On aimerait croire que la faute est réparable. Réintroduction = Rédemption ? Ou bien Réintroduction = Communication ?
     
    Par corporatisme, j'aurais préféré qu'on focalise les efforts (mine de rien, tout cela mobilise du temps, des hommes et de l’argent) sur d'autres espèces. Au hasard : les perroquets, ou alors d’autres espèces en situation critique (mais moins médiatiques) et en train de disparaître aujourd’hui. Les perroquets en plus de l'aspect esthétique rendraient des services en forêt, en participant à la dissémination des graines !  Parce qu'entre nous, l'impact des lamantins sur la fréquentation touristique, je n'y crois pas. A moins d'organiser des visites sur site à grande échelle, ce qui ne paraît vraiment compatible avec la quiétude de notre Sirénien. Et puis qui va expliquer aux pêcheurs et aux plaisanciers qu’il va falloir, comme en Floride, se déplacent au ralenti ?? (je dirais même plus très au ralenti, par rapport aux pratiques et aux réglementations actuelles). Malgré l’attitude respectueuse des usagers de la mer aux USA, le premier critère d’identification des lamantins reste les cicatrices de blessures occasionnées par les hélices.
     
    Je pourrais caqueter pendant des heures sur le sujet, mais je crains de vous lasser. Notre rédaction vous invite à vous exprimer sur le sujet, en laissant des commentaires un peu plus bas... Sirene2.jpg

* “Comme la mer est extrêmement paisible dans ces deux Culs-de-sac et que la mer n’y est pas profonde, on ne saurait croire combien de lamantins, de tortues et tous les autres poissons se plaisent autour de ces îlets. […] Lorsque le canot est à trois ou quatre pas, le vareur darde son coup de toute sa force et lui enfonce le harpon pour le moins demi-pied dans la chair. La varre tombe à l’eau et le harpon demeure attaché à la bête, laquelle est à demi-prise” (Du Tertre, 1667).

 

* Mais comme l’ont signalé Lartiges et al. (2002), quatre ou cinq spécimens enlisés ont été pêchés après cette époque, en 1912, dans le Grand cul-de-sac marin de la Guadeloupe (Anonyme, 1917, 1929). Cependant nous ne savons pas si ces spécimens appartenaient à une population relique de la Guadeloupe ou s’ils provenaient d’une autre île. Lartiges et al. (2004) ont reporté ensuite un témoignage oral considéré comme digne de confiance, qui relate la capture d’un lamantin en 1929 dans la rivière des Grands Fonds, située au sud-Ouest de la Grande-Terre. Depuis, une photo de Lamantin a été prise à Saint-Martin en 1988 ! (Nicolas Maslach, communication personnelle). Mais mon petit doigt me dit qu’il s’agissait d’animaux erratiques. Aujourd’hui, le lamantin a disparu de l’ensemble des Petites Antilles (Ray, 1960 ; Husar, 1978).

 

** Les sous-espèces anciennement décrites ne sont pas reconnues par Soshani (2005). Il n'y a aucun spécimen de référence au Museum (Jacques Cuisin, communication personnelle). On ne pourra donc pas faire d'étude de génétique pour rechercher quelle forme était présente en Guadeloupe.


Références

  • Anonyme (1917). Nos paroisses de 1635 à 1912. Chapitre 3(2) : Bouillante et la Capesterre (Guadeloupe). Écho des Antilles. Revue mensuelle de N.D. de Guadeloupe, 60 : 376-383.
  • Anonyme (1929). Nos paroisses de 1635 à nos jours. Chapitre 6(1) : le Lamentin. L’Écho de la Reine de Guadeloupe, 103 : 88-96.
  • Du Tertre, R. P. J.-B. (1667). In Histoire générale des Antilles habitées par les françois. Fort-de-France. Ed. Caraïbes, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, 1973. Ré-édition d’après l’édition de Jolly, 1667-16671, tome 2.
  • Husar, S.L. (1978). Trichechus manatus. Mammalian Species, 93 : 1-5.
  • Lartiges, A., Bouchon, C. & Bouchon-Navarro, Y. (2002). Quel avenir pour le lamantin en Guadeloupe ? Étude de faisabilité de la réintroduction du lamantin des Caraïbes (Trichechus manatus) en Guadeloupe. Rapport, DIREN Guadeloupe, Bios Environnement et Univ. Antilles - Guyane, Guadeloupe.
  • Lartiges, A., Vernangeal, M. & Berry, G. (2004). Le lamantin et Manman Dlo dans la culture créole et dans l’histoire de la Guadeloupe. Rapport indépendant, disponible à la DIREN de la Guadeloupe, 33 pp.
  • Pinchon, R., R.P. (1967). Quelques aspects de la nature aux Antilles. Fort-de-France, Martinique, Imprimerie Ozanne & Cie, Caen, France.
  • Ray, C.E. (1960). The manatee in the Lesser Antilles. Journal of Mammalogy, 41 (3) : 412-413.
  • Reynolds, J & Wetzel, D. (2008). Reintroduction of Manatees Tricherus manatus into Guadeloupe, Lesser Antilles: Issues, Questions and possible Answers. Rapport d’expertise, PNG & MOTE Marine Laboratory, 13 pp.
    Shoshani, J. (2005). Order Sirenia. Pages 92-93, in Wilson, D.E. & Reeder, D.A.M., Editors. Mammals Species of the World: A Taxonomic and Geographic Reference. Third Edition, Volume 1. The Johns Hopkins University Press, Baltimore.

21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 21:01
Chronique du défrichement ordinaire ?

Pour certains riverains de la Lézarde, le paysage vient de changer.

Depuis quelques centaines de milliers d'années, s'offrait à la vue des habitants (reptiles, oiseaux et quelques mammifères) une crête forestière, culminant à quelques 80 mètres de haut.

Depuis quelques dizaines ou centaines d'années, des aménagements humains s'étaient bien manifestés aux alentours (cases d'habitation, construction d'un petit canal, chemin puis route). Mais le site restait malgré tout assez grandiose, avec cette vallée de la Lézarde butant sur des pentes forestières raides et relativement préservées.



Depuis quelques jours (à vue de nez, je dirais que ça s'est passé vers le 1er mai), un morceau est parti en fumée (sous les roues d'un bulldozer devrais-je dire), offrant à la vue des saignées de terre rouge. Depuis mon trou de cocotier situé sur la rive d'en face, je vois très nettement les dégâts. Pour les curieux, sur la carte IGN du Nord Basse-Terre au 25:1000, ça se trouve aux coordonnées 648 / 1791 altitude 81.

J'ai entendu un enfant du quartier : "Le monsieur n'avait pas demandé l'autorisation à la mairie, il va devoir replanter chaque arbre". Si la vie était aussi simple que ça, réparer d'un coup le décapage de tout un pan de colline...

Bien, je vais profiter de quelques heures de RTT (récupération du temps de tambourinage) que je vais pouvoir glaner pour mener l'enquête auprès des services de la commune et de l'ONF. Et également fouiller la biblio et interroger deux-trois savants pour savoir quelle valeur a cette forêt, en plus de sa valeur paysagère.


8 juillet 2008 2 08 /07 /juillet /2008 12:11

Ou encore The day after the Mercury day

Qu'est-ce donc que le Mercury day ?
Une manifestation qui, à en croire le dossier de présentation, constitue un évènement de rassemblement et de mixité sociale et raciale (sic), et qui plus est, met en avant le respect de l'environnement (re-sic). Les organisateurs évoquent la date du 30 août à l'Ilet Caret.

S'agirait-il d'une journée de découverte dédiée au lagon, du Grand Cul-de-sac Marin ? Avec en débat, comment protéger les herbiers de phanérogames marines, et leurs habitants (nurseries de poissons) et leurs consommateurs présents (tortues) ou futurs (lamantins lorsqu'ils seront réintroduits) ? Si c'est le cas, l'intention est louable, et tout-à-fait digne des objectifs du réseau d'aires protégés de la Guadeloupe, concerné par ce beau lagon (Réserve Naturelle du Grand Cul-de-Sac marin, qui fera bientôt partie intégrante du parc National, Réserve de Biosphère, site Ramsar). Des instances internationales, c'est formidable.

Bon, vous avez compris, Mercury c'est la marque de moteurs de bateaux. Une entreprise distributrice de ces moteurs organise depuis 3 ans une journée sur l'Ilet Caret, et la manifestation a connu l'an dernier une ampleur et un succès importants. Vous vous rendez-compte, les managers de Mercury avaient même fait le déplacement, et barboté gaiement dans le lagon avec les quelques 450 bateaux et 2 500 convives.

                    
Quelques-uns des esquifs               Sympa, on peut même venir avec son 4 x 4
 

Enfin, cette année le comité d'organisation propose de limiter à 350 bateaux, et 900 personnes (sans compter les 200 personnes du staff).

Mais cessons ce persiflage facile.
Vous me direz que l'Ilet Carte n'est pas dans une aire protégée, il est à l'extérieur de la Réserve naturelle.
Vous me direz qu'il faut bien développer les activités économiques.
Vous me direz qu'il ne faut pas sanctuariser la nature.

Mais tout de même, vous ne pensez pas que l'UNESCO ferait une drôle de tête en voyant ce que nous faisons de cette Réserve de Biosphère (Caret est dedans) ?
Vous ne pensez pas que par les temps qui courent, ce genre de manifestation donne un exemple déplorable ?

Sujet du Brevet des Collèges 2008 (calculettes autorisées) :
1) Mathématiques :
      a- sachant que 350 bateaux croiseraient gaiement, quel serait le coût carbone du Mercury day 2008 ?
      b- quelle serait la production en matière organique des 1 000 participants bien nourris du Mercury day 2008 ?
2) Education civique :
      a- sachant que plusieurs dizaines de milliers d'enfants et jeunes regarderaient ça à la télé, quel serait l'impact  citoyen du Mercury day 2008 ?
      b- sachant que les élus et l'Etat prônent le développement durable, qu'est-ce qui pourrait bien les pousser à encourager le Mercury day 2008 ?
3) Science de la vie et de la terre :
      a- sachant qu'environ 250 ancres racleraient les herbiers, quel serait le temps nécessaire à leur reconstitution ? 
      b- sachant qu'un jour peut-être le Lamantin sera réintroduit dans le Grand Cul-de-sac, quel serait alors la mortalité induite par le Mercury day 2018 ?

Je ramasse les copies dans 2 heures. Vous avez remarqué que j'ai utilisé le conditionnel, nous avons bon espoir que le Préfet n'autorise pas cette manifestation.

Et si vous n'avez rien de drôle à lire, vous pouvez télécharger le dossier de présentation du Mercury day.

26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 09:15


Cascade en Dominique - Aquarelle C. Pavis

Un coup de pub pour la canyoning ?

Non, nous commençons ici la série tant attendue des 'Dossiers qui fâchent', autrement dit ceux qui reviennent par la fenêtre quand on les a fait sortir par la porte.

Quand j'étais un jeune Pic inexpérimenté (et peu au fait de la réglementation), il m'arrivait de partir un sac empli de cordes au dos, de rejoindre une crête, puis un départ de ravine, qui se transformait peu à peu en rivière. Avec de la chance, nous arrivions à quelque cascade à franchir en rappel, ou toboggan à dévaler. Du canyoning sauvage en quelque sorte. Cette activité n'était pas autorisée dans la zone centrale du Parc National. Peu à peu, quelques opérateurs associatifs ou commerciaux y ont malgré tout  développé cette pratique, et la tirette d'alarme a commencée à être sonnée.

Que faire ? Telle était la question posée dans les instances du Parc.
Interdire ? Réglementer ? Et d'abord que disait le décret de création du Parc ? Est-il interdit d'interdire ce qui n'est pas autorisé ? Laisser faire puisque-de-toute-façon-on-ne-pourra-pas-l'empêcher ?

Comme souvent dans ces cas d'indécision, des études furent lancées pour estimer les impacts éventuels de la pratique du canyoning sur les espèces et les milieux.
Des débats furent organisés avec les opérateurs de canyoning pour recueillir leur point de vue.
Le Comité scientifique du Parc fut sollicité à maintes reprises sur la question.
Le Conseil d'administration également, sur la base des conclusions du précédent.
AEVA donna son avis sans qu'on le lui ait demandé.

Nous pouvons résumer cet avis de la façon suivante. Les milieux concernés par le canyoning en zone centrale sont d'une richesse exceptionnelle, tant par les espèces présentes que par les milieux concernés (ce n'est pas moi qui le dis, nous sommes quand même reconnus comme le 4ème hot spot de biodiversité mondiale). Il n'existe pas de milieux équivalents en Europe ni même à la Réunion, où les lits des rivières dédiées au canyoning sont beaucoup plus minéraux qu'en Guadeloupe. Les études montrent sans ambiguïté un impact négatif important de la pratique du canyoning sur les espèces et les milieux. Notre propre expertise de ces écosystèmes le confirme. Les impacts concernent les traces d'approche (destruction d'espèces végétales protégées, érosion, surcreusement, puis abandon de ces traces devenues impraticables, et ouverture de nouvelles traces), les abords de rivière (les berges et ripisylves sont des milieux à haute diversité biologique) et le lit des rivières (perturbation de la faune benthique, piétinement des fonds, raclage des toboggans)... Il est tentant de dire que les crues ou cyclones ont des effets bien plus dévastateurs, mais ce n'est pas exact, les écosystèmes étant par nature adaptés à ces aléas climatiques.

On ne peut pas dire que la peine des uns et des autres fût ménagée, ni qu'un consensus fût trouvé. Mais quand les enjeux de conservation sont forts, le consensus est-il souhaitable ?

Résultat des courses, un arrêté du Directeur fut pris en 2004, interdisant cette pratique dans la zone centrale.
Les rivières coulaient donc des jours heureux, quand tout d'un coup, patatras. Vous savez certainement (mais si) que tous les Parcs nationaux français font leur toilette cette année : et hop, nouveau décret pour tout le monde, je ne veux voir qu'une tête. Grosso modo, la philosophie est de dire : ce qui était protégé le reste et celà apparaît dans le décret, et un certain nombre de réglementations sont précisées dans la charte, co-construite avec les collectivités, les usagers etc... Cette charte est révisée périodiquement, alors que le décret est un peu plus gravé dans le marbre.

Ceux qui suivent voient où je veux en venir : où faut-il donc inscrire l'interdiction du canyoning pour qu'elle ait un maximum de pérennité ?

La suite au prochain épisode, et quelques saines lectures pour creuser un peu les questions scientifiques, sociétales et réglementaires :

La question du canyoning dans le Parc national de la Guadeloupe. J. Leconte, J. Jérémie, C. Sastre, P. Feldmann, J. Fournet, D. Imbert, A. Rousteau, J.-F. Bernard, D. Monti, P. Vilard, 2004. Note de synthèse, 5 pp. 
Réflexions sur les enjeux d'un territoire protégé ouvert au public : Parc National de la Guadeloupe et pratique du canyoning. Pavis C., 2004. Note préparatoire au groupe de travail de janvier 2004, 2 pp.
Position sur la pratique du canyoning en zone centrale du Parc national de la Guadeloupe. AEVA, 2003, 2 pp.
Motion relative à la protection des Orchidées en Guadeloupe. CNPN, 2003, 1 p.

8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 06:05


Dessin C. Pavis

Dernièrement, je me suis bricolé une boîte aux lettres à l'entrée de mon tronc de cocotier, et figurez-vous que j'ai reçu le dernier numéro du Courrier de l'environnement de l'INRA (j'ai l'impression qu'ils ont une politique de diffusion de l'information assez large). Grâce aux actions d'alpha-bébètisation dont j'ai pu bénéficier récemment, j'ai réussi à lire jusqu'au bout un article sur la biodiversité. Et le plus incroyable, c'est que j'ai à peu près tout compris. Ca m'a donné à réfléchir sur des phénomènes qui nous concernent largement nous autres tropicaux insulaires, j'ai donc décidé de vous en faire profiter.

Je vous invite à cliquer ici (600 ko) pour télécharger cet article d'Hervé Le Guyader : La biodiversité, un concept flou ou une réalité scientifique ? Le Courrier de l'environnement de l'INRA numéro 55, février 2008, pages 7-26.  Certains points qui y sont évoqués ont été l'objet de discussions au sein de l'association. Nous pourrons développer ces points de vue un peu plus tard, lorsque vous aurez pris connaissance de l'article

Merci à cette revue pour son aimable autorisation, et surtout pour la qualité de ses articles. Si vous ne me croyez pas, vous n'avez qu'à aller voir vous-mêmes .

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  • : L'écho du Toto-Bois
  • : Le blog d'AEVA, l'Association pour l'Etude et la protection de la Vie sauvage dans les petites Antilles - Contact : aeva.totobois@gmail.com
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